lundi 10 août 2009

6meninagrasse JASMINADE 2009

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mercredi 22 avril 2009

Vivre sans drogue

Dans le roman de Truman Capote, "De sang froid", un des premiers personnages que nous décrit l'auteur est un fermier isolé réfractaire à toute absorption de ce qui pourrait l'exciter ou le calmer. Même le café ne trouve pas grâce à ses yeux. C'est déjà trop. Buvant un verre de lait le matin, il ne comprend pas pourquoi il faudrait qu'il sacrifie à ce qu'il considère comme un premier pas vers l'enfer, la caféine. Cela ne l'empêchera pas de mourir brutalement, démontrant qu'il n'est pas nécessaire ni suffisant de boire du café pour décéder de manière violente.

Le désir nait avec notre premier jour : confondu avec le besoin, le lait nous comble d'aise et il faut nous voir, gazouillant et rotant, bavant sur l'épaule de notre approvisionneur, pour comprendre ce que c'est d'être au pays des anges. Comme tout est univoque à ce moment, loin de toute perversion. Cela ne va durer qu'un temps, notre toxicomanie lactée doit prendre fin, et la tétine, qu'elle soit de latex ou bien charnelle sera abandonnée. Un premier sevrage dans l'existence. Déjà des premiers traitements pour atténuer la peine que cause cette privation peuvent être mis en place. Prolongement de l'allaitement ou mise en place du premier traitement substitutif, la tototte. Très élégant dispositif qui donne l'air d'avoir un bouchon au goulot de nos enfants, à en voir mâchouiller cet ustensile jusqu'à parfois l'âge de 5 ans.

La nourriture ne devrait pas être une plaisanterie. Est-ce que vous rigolez avec votre chien que vous alimentez des mêmes croquettes toute sa vie. Le vétérinaire vous le dira : toujours la même nourriture, c'est le début d'une bonne santé pour votre animal. A nous l'art culinaire et ses variantes mondialisées comme le reste. Comme les restes, devrais-je écrire car nos poubelles font la joie des junk-fooders, témoignant ainsi de l'abondance dont dispose ceux qui ne sont pas obligés d'aller au restau du cœur. Chacun a des gouts bien particuliers, sans doute plus innés qu'acquis et nous substituons insidieusement le besoin au plaisir. La diversité des plats serait une façon de classer les individus : fous de viande ou de poisson, détestant les œufs ou adorant les fruits de mer, fructivores et légumassiers, adorateurs de patates ou ingurgiteurs de pâtes, qui ne vous dira qu'il est plutôt salé que sucré ?

Le chocolatomane libère ses instincts en période de Pâques et entre les œufs, les cloches, les poules, les lapins et tout autre architecture que certains pâtissiers fabriquent, emportés par un délire dans lequel ils perdent tout contrôle raisonnable, le chocolat est entré dans les mœurs comme le thé ou le café. Médicalement, la surconsommation de sucreries n'est pas recommandée, elle mène à la carie dentaire, au surpoids, à l'obésité, aux troubles articulaires, à la sédentarité, au diabète, pour ne citer que les conséquences les plus directes. La simple consommation induit surtout un premier réflexe comportemental "consommation-plaisir" et quand l'enfant passe dépenser sa menue monnaie chez son "dealer, une relation argent-plaisir est née. En dehors de toute barrière, l'enfant commence son émancipation. L'histoire de la démocratisation du sucre ressemble à tous les autres processus industriels. Produit élitiste au départ, les capitaines d'industries ont permis à tout un chacun de ressentir "l'émotion sucrée" , jusqu'à nous en faire avaler en excès. Dans notre brave nouveau monde, comme beaucoup d'autres déviations perverses et insidieuses, de bonnes intentions ont accoutumé les gens à être satisfaits de l'absorption d'un produit inutile et dangereux. Il y allait de pans entiers de l'industrie agro-alimentaire et encore de nos jours, de l'emploi de millions de travailleurs prêts à séquestrer leur patron si le chiffre d'affaires en baisse menaçait leur boulot. La Santé Publique s'incline toujours face à la Raison d'Etat.

Imaginons le premier homme assez intrépide pour aspirer une braise plutôt que de souffler dessus. Imaginons qu'il ait trouvé des feuilles qui, roulées entre elles tiennent bien la braise : c'est ce que découvre Colomb en 1492 et ces feuilles roulées entre elles, les Native-Americans l'appellent "tobaco". Apparemment, ils ne s'en servent pas pour entretenir le feu. Non, paré de vertus médicinales voire chamaniques, le tabac est une plante sacrée et curative, servant à communiquer avec les esprits et à soulager les douleurs. D'année en année, de siècle en siècle, jusqu'à nos jours, pas besoin d'être cultivé (comme un plant de tabac) pour savoir qu'il est devenu un produit de consommation courante. Chiqué ou prisé, il s'est répandu innocemment et petit à petit, l'homme, cet imbécile qui se croit intelligent, a préféré la pipe et ses volutes de fumée bleue qui vous donnent l'attitude docte d'un lettré raffiné. Il est établi que la nicotine est un stimulant intellectuel. Réjouissons-nous donc de tout ce qu'elle a permis de découvertes, quand au cours de nuits blanches, il a été le compagnon de chercheurs opiniâtres. "Avant de répondre à une question, on devrait toujours s’allumer une pipe. Je suis convaincu que fumer la pipe aide à porter un jugement plutôt serein et objectif sur les affaires humaines. Albert Einstein".

Le pire vient de la guerre et de la misère qu'elle entraine. Obligé de "recycler" les vieux mégots de cigare, voilà qu'un idiot fait un tube d'une feuille de papier (je préfère la version siège de Sébastopol / 1854) et la cigarette est née. Dorénavant, on ne fumera pas que du tabac mais aussi du papier. L'avantage d'une cigarette est flagrant : inhalation plus rapide, temps d'utilisation plus court, la cigarette est le moyen de se donner une dose de nicotine plus forte, elle est l'intra-veineuse par rapport à la pipe ou au cigare. Comme le sucre, la démocratisation de la consommation a abouti à une situation ubuesque dans laquelle le consommateur qui croit maitriser son accoutumance subit l'induction de cet horrible vice à travers l'idée fausse du droit que chaque individu a de s'intoxiquer avec une drogue légale : pour combien de temps encore ?

La description des modificateurs de la raison (Alcool et autres hallucinogènes) n'a pas trop lieu d'être ici extensive. Chacun peut se référer aux milliards de pages que l'on peut trouver sur le web. L'habitude d'utiliser tel ou tel produit connait le même mécanisme que celui décrit dans la boucle : besoin-désir-satisfaction <=> répétition. C'est juste une question de chimie (dopamine). La volonté recommandée pour retrouver le "droit chemin" est annihilée. C'est pourquoi certains ne commencent jamais, effrayés qu'ils sont de perdre le contrôle. La curiosité ou la bravade entraine les plus imprudents, soit qu'ils pensent pouvoir dominer le phénomène, soit qu'ils aient perdu l'envie de contrôler, jugeant que les états seconds leur conviennent mieux.

Tout le mal que la rupture sociale liée à l'utilisation des substances psychotropes précipite est à la fois combattu férocement par des militaires partis comme en guerre et toléré par une société dans laquelle chacun sait qu'on peut trouver ce qu'on veut, à condition d'y mettre le prix et /ou de bien connaitre les revendeurs. Quand Jean Cocteau nous décrit les merveilleuses sensations que procure l'opium, combien de junkies meurent dans des conditions sanitaires déplorables. N'allez pas chercher à Bogota, à New-York, à Casablanca ou à Kaboul, comme le sucre ou le tabac, la démocratisation a fait son œuvre. Jetez un coup d'œil dans votre quartier, ça suffira. Alors, vaut-il mieux mettre un alcoolique récidivant en prison pour qu'il se suicide où le laisser reprendre le volant pour qu'il tue votre mari qui rentrait gentiment chez lui ? Ce fait divers récent est tout à l'image de l'ambigüité de notre société du "pas-vu-pas-pris" car des personnes qui ne maitrisent pas leur volant, vous en avez des centaines, voire des milliers en circulation. On fait ce qu'on peut et surtout avec la morale qui stérilise sans limite le lent et douloureux parcours de l'homme. Après tout, quand vient l'heure de rentrer chez soi, on aime bien être tranquille et laisser la police faire régner l'ordre. Celui qui a franchi les limites peut tout à fait être une charmante personne ou un être très malheureux, une brute épaisse, un pervers polymorphe. Nous n'avons aucun moyen de faire la différence, alors tout est caricaturé et l'opprobre tombe dès l'instant où l'on est consommateur. Heu, comme disais le grand maitre à penser, pétomane devant l'éternel, sauf le pinard, c'est pas interdit : un peu quand même, Coluche, avec modération, tu vois, enfin, tu aurais pu voir, Michel et les gens qui bouffent à ton resto, ils s'en foutent que t'étais tellement mal que tu te défonçais pour tenir l'image qu'on t'avais collé. La drogue, c'est un monde sans cadeau.


Le rapport de la télévision à la drogue est le mensonge équivalent de l'élévation de l'esprit supposé avant utilisation. Après consommation, vous êtes modifié, pris au jeu de la répétition. Peut-on mettre au même rang d'accoutumance les émissions de jeux de type "Roue de la Fortune", "Koh Lanta, " Fort Boyard" , "La boite", "les Z-amours", "Intervilles", "le juste prix", "Greg millionaire". les "Pop-Stars-Academies-Loft-Story" ou le talent relève du pur hasard et les drogues proprement (salement) dites ? La drogue douce de la ménagère de moins de cinquante ans "comme ils disent" a le pouvoir d'anesthésier la curiosité naturelle. Ce serait vrai, me-direz-vous si ce trait de caractère intéressait les nouvelles générations. Par notre faute, sans doute, nous les avons gâtes au point de leur ôter l'envie de se battre pour exister, ce qui donne du prix à la vie. L'enfant couvert de cadeaux à Noël , ne sait plus avec lequel jouer tellement il en a accumulé à la fin de la tournée des Pères-Noêls papas-mamans, papis-mamies, tontons-tatas, tous autour de la merveille qui représente le futur de la famille. Oncle Paul ne prétend pas avoir été exemplaire sur le sujet. Du bonbon au whisky, du dessin animé au LSD, y-a-t-il une route que nous avons tracée sans savoir ? Le jeu devenu une exigence permanente rappelle le "Panem et Circenses" de la décadence romaine. Souvent, nous disons que notre époque est finissante et l'on peut en observer tous les jours des signes patents. N'oublions pas qu'une grande part de ce sentiment est induite par les écrans de télévisions qui ont envahis notre quotidien.

Quand une mère de famille m'a demandé " comment ne pas devenir dépressif dans un univers si sombre ? Comment donner de l'espoir à nos enfants ? Comment préserver la petite dernière de suivre l'exemple de ses frères et soeurs dans les consommations de tabac , alcool ou pire ?" je lui ai fait cette réponse : " On passe tous par l'envie de faire sauter le couvercle : on a tous envie d'aller du coté sauvage : le seul moyen d'en sortir c'est de jamais oublier qu'on a pas forcément raison en transgressant. j'ai coutume de dire que la drogue est un problème de société et un problème individuel. La société doit gérer les comportements anormaux induits par l'utilisation des stupéfiants. C'est la plupart du temps, l'interdiction qui prévaut et qui résume la politique générale. L'individu qui a "tenté sa chance" au pays des merveilleux paradis artificiels devrait pouvoir relativiser son acte en maintenant dans son esprit l'idée très claire que ça n'intéresse que lui. L'aspect convivial des extases communes n'est qu'un miroir aux alouettes où les plus vulnérables se laissent prendre. Comment protéger la petite dernière ? En développant son intelligence ? "

samedi 28 mars 2009

L'Honneur des Pinzutis

Si ce n'est pas le berger, alors, qui est-ce ?

La petite bande qui ne nie pas sa participation au meurtre et qui a dénoncé, rompant la tradition de l'omerta, Yvan Colonna comme l'agent éxécutif de leur funeste entreprise avant de se rétracter, prétendant que ces aveux ont été arrachés sous l'influence de policiers avides d'entendre ce qu'ils voulaient, réunis à présent en syndicat de la Vérité dans cette affaire, au premier rang desquels on trouve ces magnifiques avocats qui ont beau jeu de dénoncer un procès pour le moins cahotique, drapés dans leurs toges dont l'autorité s'oppose à un niveau qu'ils savaient ne pas pouvoir atteindre, celui de la décision des jurés professionnels qui ont donc décidé de confirmer en appel la culpabilité de Colonne.

Vient la grande famille corse, , elle aussi, comme des figures de proue fières d'affronter les embruns à la proue du navire invincible de la corsitude, parents, cousins, syndicalistes, militants, ils renchérissent à qui mieux mieux sur le thème de l'injustice continentale. Procès joué d'avance, pressions politiques, arrogance de la magistrature pour conclure, après l'énoncé du verdict : " c'est une vendetta de l'état français".

On comprend mieux, c'était le nième épisode de la guerre entre gendarmes et voleurs qu'en Corse, on appelle lutte pour l'indépendance. Est-ce que cette guerre a servi à préserver la nature, c'est ce qu'on nous fait croire, en vantant l'absence de marinas et autres complexes touristiques. Sauf que dans ces conditions, il faut sans cesse renflouer l'économie. Dame, si tu fais pas d'affaires, t'as pas de rentrée d'argent donc il faut bien le prendre là où il est. Merci les pinzutis.

Il n'y a pas de moralité dans cet assassinat. Les avocats de Colonne vont pouvoir se pourvoir en cassation et même aller devant la cour européenne. Le préfet Erignac n'a pas eu de sursis, quant à lui, en recevant les balles mortelles. Si l'honneur corse n'était pas un vain mot, celui qui a pressé la détente, au lieu d'accuser la France de forfanture ferait mieux de se dénoncer. Dire : "C'est moi, ce n'est pas Colonne, vous poursuivez un innocent".

Mais non, il reste muet pour deux raisons : La principale est la "martyrisation" du prévenu , utile pour la poursuite du combat politique et la deuxième c'est qu'en fait, il n'y a pas d'autre personne que Colonna pour avoir perpétré ce crime.

jeudi 27 novembre 2008

Paul, Reviens !

Paul était exténué. Recroquevillé sur un lit de camp installé au fond de la bicoque où il avait trouvé à loger, comme groggy, il sommeillait. Son corps fébrile et douloureux lui envoyait de calamiteux messages. A quel point un organisme peut supporter l'effort, la faim, le repos déprimant dans une cellule de forçat, où rien n'a de couleur, variations brunes et noires d'une crasse poussiéreuse accumulée ? On ne peut pas tout quitter sans tout perdre, c'est la règle. Il avait bu le sel de la terre et à présent, l'eau pure lui manquait. Son regard inexpressif n'avait rien d'intéressant à regarder dans cette maison misérable.

Enfermé dans sa tête, les pensées s'étaient vidées des souvenirs heureux qui sont la vie des gens. Ces gens, ils ne les voyait plus, aucun n'avait plus de valeur qu'un autre, il ne cherchait plus à construire idiotement une relation confiante tant il avait eu à souffrir d'une parole donnée inutilement. La question de l'utilité n'était plus posée. Toute responsabilité détruite, Paul avait trouvé la liberté comme un rat s'arrange de ce que l'homme lui laisse sans aucune convenance.

Dormir quelques heures, presque un luxe, un loisir d'innocent. Dans le grand township de la zone, il n'y a pas d'autre loi que de fondre son corps dans une mécanique indifférente. Impitoyable et cruel, ressemblant à un jeu où l'on doit cacher ses cartes en permanence, rendant les visages fatigués, les yeux creusés et le sourire absent, le contact ne s'établissait qu'avec la nécessité méfiante quand on se trouve dans la recherche de l'indispensable accord minimal, qui épargne, autant que ce soit possible, l'usage de la violence.

Sans nouvelles de Paul depuis des semaines, elle se désespérait du temps qui passait. Quoi de plus naturel que d'attendre dans une souffrance patiente le retour de Tristan, quoi de plus tragique que de voir une voile noire alors qu'elle eût due être blanche ? Toujours l'idée du pire qui nous assaille, c'est sans doute pour conjurer à force d'exhortations semblables les erreurs du sort. Dans ces histoires minuscules se détache la structure véritable car tout se réduit à un principe, qu'on en ait ou non.

Sortant de sa torpeur, paresse congénitale et grand but de l'homme, Paul se résolut à écrire. Il prit une vieille feuille de papier et le dernier crayon qui restait et griffonna : "il y a une chose indéniable dans les informations qu'on croit fondamentales; le sort des uns ne dépend pas forcément du sort des autres et quand une pièce maitresse manque au compte des années, il faudrait pouvoir revenir en arrière et satisfaire aux quatre volontés des enfants qui n'ont pas eu de cesse que de vouloir toujours plus que ce qu'il croient qu'on a jamais eu en tout cas, c'est le destin apparent des situations disparates quand on essaie de disparaitre car il ne reste plus rien à faire ou à dire qu'on ait jamais essayé d'obtenir"...

vendredi 25 avril 2008

Paul Lombard s'échappe

Il faisait tard, il faisait nuit. La pluie tombait doucement sur les pavés luisants des ruelles sombres, faiblement éclairées par de rares réverbères qui diffusaient un halo blafard que l'humidité brouillardeuse achevait de diminuer. Paul Lombard en avait assez de sa vieille gabardine. Il fallait qu'il en change au plus vite. Cela pourrait attendre encore un peu mais c'était au programme. Il avait pris en début de journée la décision la plus importante de sa vie. Ça n'avait pas été facile, même si la théorie était en place depuis des années, ce qui a eu l'intérêt d'éviter une tergiversation de dernière minute. Non, il ne reviendrait pas en arrière. Ses pas s'éloignaient inexorablement des souvenirs dangereux pour sa résolution. Il se connaissait si bien qu'il avait fallu mettre des points de non-retour dans sa décision. Avant tout, ne jamais recroiser un chemin connu. Sans s'en douter, ses chaussures auraient peut-être pris la direction du bercail et il était clair dans ses pensées que cette possibilité devait être combattue à tout prix, ne laissant pas une chance au hasard de faire échouer son projet. Projet sans but mais justement, c'est celui qu'il recherchait. Il en avait tellement atteint des buts, tellement satisfait des envies et des besoins, tellement rendu aux autres ce qui avait été donné. Sans vouloir faire de lui un exemple, il faut dire que, depuis des années, il s'était montré un opiniâtre considérable, ne manquant jamais à ses devoirs familiaux ou professionnels. On se demandait même comment il réussissait à tout faire, vu qu'il se consacrait également à d'autres activités. Les courtes-vues ne peuvent pas apprécier la perspective d'une construction complexe car ils réduisent leurs conclusions à l'aspect de la façade. La gare au coin de la rue, encore quelques pas, la voici, dans sa vieille architecture du début du vingtième siècle, monument de brique, de ferraille et de verre, dont les portes largement ouvertes laissent passer le flot des voyageurs. Le but est à portée de pied, être un anonyme de plus, un passant sans importance, une silhouette imperceptible à qui on ne demande jamais rien, même pas un renseignement. Quel quai, quelle importance ? Un billet sans âme à un distributeur électronique lui donna le sentiment d'avoir enfin franchi la dernière étape mais c'est au moment de s'asseoir dans le compartiment et qu'il regarda à travers la vitre qu'il se sentit l'acceptation intime de sa pensée car il poussa un énorme soupir dont tout le monde profita. Le train roulait maintenant à vive allure. Les paysages défilaient comme dans un film vu trop souvent. Dans la nuit, les maisons isolées, lumignons au bout de petites routes qui suivent la voie ferrée, éclairaient chichement la campagne. Endormie, elle se souciait peu du voyageur et de son impression rétinienne. Paul avait enfin ôté sa gabardine. Repliée dans le sac de voyage disposé dans l'étagère au dessus de sa tête, il s'en occuperait plus tard. Le compartiment vide permettait à sa rêverie de se prolonger. Il s'était mis le plus à l'aise possible dans l'espace assis qu'il avait réquisitionné près de la fenêtre. "J'aurais tout le temps de prendre des décisions", se disait-il. Il n'était pas question d'obligations dans un voyage sans but. Pour l'instant, l'ordre du jour était "Direction Sud"et d'une façon inconsciente, l'esprit en accord avec le corps qui avait tacitement indiqué de fuir en direction de la chaleur, dans un pays où il suffit de sandales pour se chausser, d'un peu de tissu pour être décent et où il n'est pas nécessaire de réfléchir à l'hiver, dans l'espoir de rejoindre un endroit réservé à quelque initié, ses souvenirs aboutissaient à la conclusion qu'il vaut mieux éviter de porter sempiternellement le poids de la lutte ancestrale contre les frimas. Insaisissable réminiscence d'un bonheur à revivre sans les complications accumulées par les intrications de plus en plus contradictoires d'un quotidien enchainant les devoirs. Affreusement, chaque ville offrait sa banlieue faite de préfabriqués clinquants aux enseignes grotesques dévorant les vieux pavillons ou les terres maraichères. Est-ce que c'est beau une ville la nuit ? Simulacre de nature morte dont l'esthète peut s'émerveiller tandis que notre voyageur n'y voyait qu'histoires sans fins de milliers de personnes essayant de survivre au milieu d'une société qui n'était plus faite pour lui tant il avait essayé de la vivre de l'intérieur et n'en avait retiré que doutes et joies passagères. Il ne regrettait rien de ces belles années où les illusions qu'il s'était construit permirent à sa jeunesse de s'épanouir, de faire comme tout le monde, mieux que tout le monde et sans être le cousin du roi, il aurait pu manger à sa table, si, toutefois, il fût invité. Que lui importait, à présent, les couverts en argent et les verres en cristal, ainsi que la porcelaine de Limoges à bords dorés. Autant il avait voulu de ces souvenirs patiemment accumulés par une famille économe, autant il était étonné de réaliser à quel point tout cela lui semblait si futile. Brisé dans son éducation par la vanité ostentatoire qui semble une force invincible et en bon général qui sonne la retraite dans une bataille perdue, la seule solution envisageable est la fuite. Il ne s'arrêterait pas avant la frontière de l'Ouest, c'était une des rares résolutions auxquelles il tenait. Qu'est-ce qu'on peut bien penser dans un train en marche, assis dans un compartiment vide, sans idée sur la destination ? Repasser en boucle les souvenirs dont l'énumération suffira à faire une histoire alors qu'on est parti pour les oublier n'est pas logique. Mais est-ce que Paul devait rester logique ? N'a-t-il pas son entière liberté de mouvement, comme un dessin qu'on animerait ? Fichez-moi la paix, je pars, je suis en route, je ne sais pas à quelle gare je vais m'arrêter et cela ne regarde personne, pensa-t-il. Je ne suis pas un salaud, je n'abandonne pas ceux qui vivaient avec moi puisque je ne suis qu'un être imaginaire et si j'ai envie de conter cette histoire à la première personne, qui dira le contraire ? Il y a tellement de façons de faire dans une narration. En attendant, laissez-moi me recroqueviller contre la paroi du compartiment à regarder les étendues nocturnes et sommeilleuses. Les kilomètres peuvent défiler en prenant le temps qu'ils veulent. La chose la plus importante est enfin palpable. Retrouver cette époque où on se demandait quoi faire. Décider d'aller au cinéma où faire une partie de cartes comme cruel dilemme. C'est mal connaitre Paul Lombard. Sa vie ne tient plus qu'à un fil et il le sait. Tant pis pour la famille et pour tous ses amis. Impensable pour ses admiratrices. Paul veut redistribuer les cartes et relancer la partie. C'est l'attitude lâche d'un joueur qui veut se refaire. Toutes ses pensées roulaient dans sa tête et il y a avait toujours le poids de l'idée qu'il aurait un prix à payer. Le pays de la liberté était encore loin, les attaches faisaient autant de marques sur ses poignets et ses chevilles portaient les cicatrices des fers aux pieds. Apparemment tranquille à regarder l'horizon sa boite crânienne abritait l'orage prévisible que déclenche le stress qui l'avait poussé à fuir. Il n'y a pas d'autre mot pour cette escapade. La différence entre le fantasme et le passage à l'acte prenait l'allure d'une torture. Il n'aurait rien pu expliquer sauf à dire qu'on a le droit de démissionner.

La porte du compartiment s'ouvrit sur un homme à la casquette avachie qui devait être le contrôleur et qui, effectivement lui demanda son titre de transport. Paul lui tendit son billet composté et demanda s'il y avait un arrêt avant la frontière. Le cheminot répondit que la frontière avait été franchie depuis qu'il était monté dans le train et lui rendit son ticket qu'il gratifia d'un sourire énigmatique. Décidant brusquement de faire les pieds au mur, il se renversa entre les deux banquettes et ses chaussures firent un bruit sec quand elles rencontrèrent la vitre. N'ayant pas pratiqué l'exercice depuis le lycée et n'en ayant jamais été un spécialiste, sa joie de retrouver la tête en bas n'en fut que plus agréable. Moins spectaculaire fut le rétablissement qui ressembla à une tige qui s'écrase et qui le transforma en petit tas informe dont on ne reconnaissait pas le bras d'une jambe. C'est ainsi qu'il passa quelques minutes à rire de lui-même et de ses illusions.

Paul descendit à la prochaine station. Comme le Professeur Tournesol, sa direction n'avait pas dévié de l'Ouest. Attiré par les derniers rayons du Soleil Couchant, comme un ami qu'on quitte parce qu'on a mieux à faire , la locomotive poursuivit son chemin de fer. Le quai était désert à l'heure tardive qu'indiquait la grande horloge de la gare. Un taxi solitaire michetonnait encore et il se laissa embarquer pour le centre-ville. Est-ce le début, se demanda-t-il, ou la fin ? Ratatiné au fond du bahut Paul ruminait ses pensées culpabilisantes jusqu'à ce qu'une enseigne lumineuse l'invite à arrêter la voiture. Son sac de voyage sur l'épaule, il pénétra dans l'auberge. Un porche sombre menait à l'accueil où somnolait un modèle de petit bonhomme dévoué qui s'enquérit de ses désirs.

Bar-chambre-casse-croûte ? No problemo, sir. Paul se rendit directement au bar et fut satisfait de contempler la longueur du zinc où de confortables tabourets hauts permettaient aux solitaires d'éviter d'avoir l'air seul à une table. Seul, accoudé au bar, il pita quelques apéritifs et vit venir avec plaisir le grand verre de bière blonde et moussante. Les conversations des clients faisaient un brou-ha-ha qui acheva de le faire disparaitre dans le décor. Avec la difficulté d'un bègue à articuler, il sirota lentement sa première bouffée de liberté. Observant, le regard perdu dans le vague, le spectacle enivrant des autochtones qui semblaient vouloir convaincre leurs interlocuteurs de sujets importants, apparut sur son visage le sourire énigmatique du contrôleur. Au barman qui lui demandait ce qui l'avait amené en ces lieux, il répondit qu'il était venu pour la foire. Les affiches de la gare l'avaient renseigné sur l'évènement commercial tant attendu et qui présentait tout ce dont a besoin pour sa maison, jusqu'à ces fauteuils de massage animés par plus de trente moteurs électriques, sans oublier le balai qui vous fait oublier la wassingue. Largement de quoi raconter une histoire à son voisin de bar qui venait de s'appuyer sur le rade, visiblement en mal de conversation. Mais vous aussi, vous êtes là pour la foire, demanda-t-il à la charmante brune qui s'était assise en se redressant sur le tabouret ? Paul, je m'appelle Paul, dit-il en lui proposant une cigarette. Ici, aussi, il est interdit de fumer ? Allons dehors, s'il le faut mais pas tout de suite, non, je suis de passage, oh, la foire, oui d'accord, si vous voulez mais vous ne devriez pas vous inquiéter, vous semblez avoir la vie devant vous, oui les temps sont durs mais il faut se battre car la concurrence existe et mon patron n'est pas commode, vous savez … je sais, je sais, j'ai tout quitté et je peux lui raconter que je cherche des câbles en nylon pour une expédition sous-marine ou des roulements à bille pour un moteur à eau, elle a juste envie d'entendre une voix sympathique. Whisky ? Le dernier alors.

"Mais, chère Carla, la liberté de s'obtient pas, elle se gagne. C'est une chose intérieure qu'on ne peut ressentir qu'avec un certain état d'esprit". Quelques cigarettes plus tard, déambulant dans le quartier qui s'anime la nuit, il avait eu le temps d'apprécier la conversation de la jeune femme. Comme un fruit inconnu qu'on cueille d'une branche d'un arbre qui dépasse sa clôture, elle avait la saveur exotique d'un agrume rafraichissant. Sans autre intention que de partager quelques moments de solitude et de ressembler plutôt à un couple qu'à une silhouette suspecte, il s'était laissé aller à poursuivre la visite de la city-by-night en sa compagnie. Ayant remisé son sac dans sa chambre, il l'avait rejoint devant le porche et dans un amical bras-dessus-bras-dessous elle l'avait guidé là où la nuit refuse de céder un pouce à l'affreuse journée des travailleurs modèles. "La nuit n'appartient à personne sauf à ceux qui ne dorment pas". Ce truisme n'ébranla guère Paul qui répondit une autre évidence, tant il ne s'agit pas de briller en conversation quand on n'a aucune raison de contrarier son interlocuteur. "Et en plus, ceux qui veillent tard n'en ont que faire du jour". Dans la salle enfiévrée de musique et de danse, ils se trouvèrent un coin tranquille, banquette en demi-cercle pas trop près de la sono. Champagne ? Que peut vouloir une femme à cette heure de la nuit ? Elles ne rêvent plus de trouver la perle pour se marier. Elles ont cru qu'en exigeant l'amour pour leur union, leur choix seraient le bon. Voilà que le mariage se brise une ou deux fois sur trois. Sauf quelques survivantes de l'église des fidèles qui croient au grand amour issu d'un coup de foudre, elles ne voient dans ce qu'elles appellent "les mecs" que des coups à tirer et méprisent généralement cette race obligée pour la reproduction. "La biologie travaille au fond du ventre, c'est ce qui nous sauvera", pensa Paul, in petto, heureux de pouvoir faire tinter sa coupe en souhaitant tout le bonheur du monde. Qui peut croire tenir le monde dans sa main est un fou et pour le dire il s'exprima ainsi : "Vous ne pensez pas que le hasard fait bien les choses"? -- "Est-ce que je crois au bonheur?", répliqua-t-elle, accompagnant sa phrase d'un rire cristallin qu'elle déploya en découvrant sa gorge. "Je suis une fille de nulle-part et je n'ai pas d'intention préméditée, si c'est ce que vous croyez." -- "Moi, j'ai pris la liberté comme on prend la poudre d'escampette." Comme un joueur pathologique qui se fait inscrire sur la liste des Interdits d'entrer dans un casino, sauf pour y boire un verre en solitaire, il avait posé une barrière sur laquelle un grand écriteau affirmait : POINT DE NON-RETOUR. Des souvenirs, Paul inventa une histoire à plaire, chercheur de trésors dans la Sierra Madre de l'âme tenu à une existence rigoureuse de Monsieur-tout-le-monde. Excitant l'imagination de la femme quand elle pense avoir trouvé l'exception qui confirme la règle, il masqua habilement l'indifférence qu'il éprouvait à être, pour un instant, l'intérêt central de son alter ego en solitude nocturne. Non pas que cette rencontre fut insipide à ses yeux de fuyard ou qu'il voulut limiter à des conversations sans importance les moments agréables qui s'écoulèrent en sa compagnie mais par respect pour un âme crédule qu'il tint à protéger des menteurs, il ne lui fit pas croire plus que deviner qu'il pouvait être aussi bien dans cette catégorie. Vautré au fond de la banquette, il sirotait ce premier instant de liberté.

Le soleil entrait finement par des rais parallèles et la lumière s'empoudrait de la poussière flottant dans l'air vicié de la chambre. Une vibration ronronnait depuis l'extérieur. Paul ouvrit un œil. A une heure aussi tardive pour son réveil correspondait un ralentissement de ses pensées et une bouche pâteuse. Il faudra y songer un peu plus tard, à moins maltraiter le métabolisme, dans la vie qui reste, pensa-t-il avec l'arrière pensée de ne jamais rien en faire, sauf à être nourri par une infirmière. La tête enfoncée dans l'oreiller fit demi-tour avec le reste du corps et il attendit sagement qu'une cohérence minimale commande la suite des évènements. Avait-il fêté dans une ivresse avancée son premier pas vers l'inconnue ou bien était-il sagement monté se coucher avec une dose massive de somnifères ? "Il faudra le savoir avant que de l'écrire et je n'en dirai rien qui ne puisse me nuire". Deux petits alexandrins pour démarrer la journée, Il en remercia Calliope.

Pronto, oui, petit déjeuner dans la chambre esto possible, much dank, café noir, jus d'orange, tartines grillées beurre confiture, laitage, ok pour des croissants mais pas de chocolatine. Qu'à la lumière qui entra dans la pièce quand le service d'étage vint porter le petit-déjeuner et ouvrit les volets, il ne fit pas autant de démonstration qu'aux calories qui s'offraient sur le plateau, se protégeant des rayons les plus agressifs qui perçaient la rétine en se décalant au bord du lit, n'était pas pour l'astre naissant une offense ni un crime de lèse-majesté. Il faut des forces pour regarder le soleil en face. L'énergie fila depuis l'estomac jusqu'aux artères et ses muscles purent dérouiller les articulations endormies. Sortant du sac de voyage une paire de chaussures de sports toute neuve, le genre qu'on appelle maintenant "runners", sous-ensemble des "sneakers", descendant des lointaines "tennis" dont une marque célèbre encore leur apparition quand elles devinrent de simples "baskets" mais qui ne conviennent en rien à la course à pied, dénommée "jogging" parce que pour avoir l'air d'un idiot qui n'a rien d'autre à faire que de courir seul dans des coins perdus jusqu'à l'épuisement, dégoulinant de transpiration, en baptisant cette activité d'un mot qui fera le hit chez la fashion-victim, tout autant que chez celui qui recherche à ne pas être resté un simple coureur à pied, il n'en faut pas moins le semelle adéquate. Paul se souvint de sa résolution : au moins une heure de sport par jour. Peut-on avoir l'air plus innocent qu'habillé en sportif ? Quoi de plus naturel que le sourire rendu contre sa clé en passant devant la réception ? Se mettre à courir ? Ah oui, c'est ça le "jogging" un pied après l'autre dépassant l'allure de la marche mais pas trop sans quoi l'essoufflement ou le point de coté arrive, surtout chez le débutant. Pas forcément attaquer la foulée de la pointe du pied, laisser les bras ballants et en avant. Il parait que ça fait du bien au bout d'un quart d'heure, quand la souffrance a laissé la place à la négation de la douleur car les endorphines médullaires empêchent la raison de se rendre compte de la contrainte qu'impose l'exercice. Dans ses recherches sur la meilleure façon de courir, Paul avait découvert que pour les premières séances, il faut être détendu pendant 2 à 3 minutes, ensuite marcher pendant 2 à 3 minutes. Ces pauses soulagent les articulations et diminuent la fréquence cardiaque. A recommencer 5 fois de suite. Entraîné régulierement, on peut courir 5 / 8/ 10 minutes sans gêne. Le système cardiovasculaire et la musculature augmentent leurs performances avec un entraînement régulier. Après un mois d'effort l'amélioration de vos performances vous étonne. Pour Paul, il ne s'agissait pas d'avoir l'air d'un débutant. Partant stupidement contre toute recommandation en petite foulée soutenue, il se dépêcha de passer le premier coin de l'immeuble pour appliquer la séquence détente-marche. Curieusement, le rythme de la course laisse l'esprit vagabonder. Comme dans une méditation, les pensées traversent les zones cérébrales et s'ordonnent à fur et à mesure de leur arrivée aléatoire. Les souvenirs se rangeaient d'eux-même bien gentiment et la brûlure thoracique que ses bronches subissaient n'avait pas d'autre explication que l'appréhension maladive qu'il avait eu jusque la, comme une coquetterie suprême, de préférer les jeux de l'esprit au culte du corps.



mercredi 23 avril 2008

LE DEVOIR


" Dans l’accomplissement du devoir, comment éviter le fanatisme et le dogmatisme ? Le fil conducteur de cette réflexion amène à s’attacher plus à la définition du "devoir" qui conduirait ou non à ces deux états dogmatisme et fanatisme. Nous en dirons “un mot” quand même !

Le devoir est la pire des choses qui soit arrivées à l'homme car le devoir se différencie du besoin. Satisfaire à des exigences physiologiques pour ne pas dépérir ou tout simplement rester en bonne santé n’est pas différent d’un instinct animal. Le lion chasse pour sa viande, il en est obligé mais saura mourir de faim s’il n’y a plus rien dans une savane à la saison trop sèche. Il n’a aucun sentiment de regret, ayant vécu tout ce qu’il était possible de vivre, tandis que l’homme, qui a remisé l’instinct à un niveau inférieur, trouve dans une situation semblable une explication à l’impossibilité de construire son bonheur sans contre-partie. Pour éviter une telle situation, le prix à payer est l’accomplissement d'un devoir et l'échec est attribué à la négligence de ce devoir. Dans la société, l’homme estime avoir résolu le problème des pulsions primaires : il protège son nouveau-né plus longtemps qu’aucun autre animal, jusqu’à caricaturer son émancipation en une projection de soi-même. Anticipant les aléa de la survie, il en a tiré un principe de précaution et le jeune humain a le monde servi à tous les repas. Le devoir devient la protection de la richesse accumulée. Si le devoir c'est de vivre, alors tous les moyens sont bons. Il n’y a pas de différence entre les hommes quand ils ont le regard perdu dans l'immensité de l’espace étoilé, levant la tête par une nuit sans nuage, regardant avec l’émotion qui convient en ces circonstances, la petitesse dont ils sont faits, alors que rien n’est plus grand que leur assemblage mais insidieusement s’est créé une hiérarchie des valeurs qui subordonnent nos instincts.

Le devoir est arrivé avec la conscience de l'opportunité du choix, en cherchant à mieux préserver la richesse. La richesse, c’est le feu quand on découvre qu’en frottant deux silex, il est possible d’en obtenir tant qu’on veut. C’est le premier temple qu’on construit pour le protéger, tout en faisant un dieu. Si le devoir c'est d'obéir à des règles, alors on démultiplie, comme dans une transmission, le sens de l'existence. Vient tout naturellement le moyen d'en sortir et qui est pour certains la question philosophique ultime : le suicide. C'est une machination infernale que de naître et que d’apprendre la liberté dans des livres d’histoire. Transposition admirable et suffisante pour l’élève docile mais bien trop réducteur pour l’élève attentif. Est-ce que l’un deviendrait fanatique et l’autre finirait dogmatique ? L’esprit critique, heureusement, se nourrit de tout, même des idioties et il ne suffit pas d’être surdoué pour être intelligent. La maîtrise d’une théorie fera un spécialiste en la matière mais comme un fou qui ne saurait pas à quoi sert un bouton de porte, il ne saura jamais qu’il vient de permettre à d’autres de les ouvrir. Plutôt content d’avoir accompli “son devoir”, il ne reste plus qu’à lui fournir une retraite feutrée. Cet exemple montre un homme qui n’a pas échappé à l'idée de son devoir. Cela en fait-il un homme meilleur, ou, en posant plus exactement la question, a-t-il vécu avec l’impression d’être heureux ? Est-ce qu’on se trouve meilleur de comprendre qu’une valise a besoin d’une poignée mais que celle-ci ne peut pas ouvrir de porte ? Le problème des lois qui est posé ainsi, hiérarchisant les mérites ou les récompenses, tiendrait du dogme si les lois étaient gravés dans le marbre et elles provoqueraient le fanatisme si, au sein d'un groupe de n'importe quelle appartenance, qui impose sa propre définition et endoctrine les plus défaillants, on avait transformé l’être humain non pas en un animal, non pas en esclave mais en robot.

Faire son devoir, c’est mourir au camp d'honneur et glorifier cette sanctuarisation d'une histoire héroïque. Il est inutile de discuter du bien ou du mal dans cette question. Devoir faire ce qui est en son pouvoir n’est pas forcément le bon choix. Parfois, il faut s’abstenir. Dogmatiques, nous le sommes tous, à divers degrés. Chacun a accepté la description du monde dans lequel il a grandi et il n’est pas meilleur défenseur de la société que celui qui veut la détruire, lui accordant alors toute l’importance de son existence. On dira de lui que c’est un fanatique, soumis à une loi personnelle ou refusant de partager, celles qui, depuis que les humains se partagent les territoires, permettent à notre construction baroque de ressembler à l’allégorie normative d’un spectacle œcuménique.

On peut avoir peur aussi bien des centrales nucléaires que des araignées. "

dimanche 16 mars 2008

Ma lecture des Bienveillantes

Le Dr Aue est en période de repos, exténué des Grosse Aktion qu'il a dû mener à bien. C'est terrible, cette prose fluide qui mélange l'aspect descriptif rigoureux aux états d'âme de l'officier SS. Comment, en danger du fait d'une histoire de racolage homosexuel, on ne lui laisse pas d'autre choix que d'aller servir dans le sonderkommando dont la mission est de nettoyer les lignes arrières lors de l'avancée des troupes allemandes en URSS.

Imaginez seulement la discipline des uns face à la résignation des autres dans la réalisation minutieuse d'une extermination de masse. 30000 Juifs passés par les armes (une balle dans la tête et le coup de grâce si nécessaire) dans un ravin où ils s'alignent tête bêche puis dynamitage des parois pour l'ensevelissement . C'est totalement improductif, note Maximilien mais ce sont les ordres et un national-socialiste ne discute pas la volonté du führer. / Le héros du roman décrit son inceste avec sa sœur jumelle, sa mise en pension catholique où il subira les prêtres pédophiles et l'homosexualité dans laquelle il réfugiera son ego.

Voyez, ça n'est pas un sujet drôle. On le sait, on a même l'impression qu'on se le rabâche, on a envie de dire que d'autres ont souffert aussi et que le temps ayant passé, ils ont bien su faire à partir des survivants une nation qui est devenu tout autant guerrière et surarmée. L'Histoire, il est vrai, ne s'arrête pas mais il est difficile de comparer cette monstruosité à d'autres faits historiques. Je vois le massacre des bisons d'Amérique, éventuellement, tout en voulant aussitôt m'excuser d'opposer des animaux à des hommes et pourtant, dans ces trophées de chasse de Buffalo Bill, gloire du western, au bout du fusil se trouve la plus innocente des victimes que le bourreau exécute industriellement, pour un résultat catastrophique.

Plus de bisons dans les Grandes Prairies, y'a pas mort d'homme, pense-t-on. Les Juifs ont quand même survécu, tout le monde a souffert, se dit-on. Des exactions de ce niveau, la Terre en a connu, Indiens d'Amérique, frères des bisons, Zoulous, Aborigènes, Chinois, Tibétains, Russes, Guinéens, Cambodgiens, Rwandais, je ne sais pas tout, toujours créés par un esprit persuadé d'un raisonnement logique où se trouve sa soi-disant supériorité. Elle va jusqu'à réécrire l'Histoire, continuant son combat dans ce qu'on appelle le "Négationnisme" : pauvres gens. Salauds, oui.

Dans le fond, la lecture est le meilleur moyen de passer le temps. Dans un coin, sans rien demander de plus qu'on vous laissât tranquille, vous partez encore plus loin que dans tous ces feuilletons ou autres séries, films, documentaires ou même sur l'internet où le temps passe aussi bien, il est vrai mais dans une nécessité de technologie performante pour une bonne satisfaction. Demandez à vos enfants qui jouent en réseau. On pourrait croire qu'un livre ça n'est pas indispensable ? Et bien non, le Dr Aue, lui, il s'échappe de la débâcle berlinoise un livre dans la poche, le faisant sécher en route car il manque de se noyer en traversant un pont bombardé aux ridelles glissantes qui ne pardonnent pas l'inattention dont il fait preuve depuis sa seconde blessure qui lui ont valu trois semaines de congé qu'il passera dans la maison de son beau-frère, maison au Nord de Stettin (Szczecim) , en Poméranie, "ambiance plaines enneigées et landes désertiques", la Baltique pour horizon.

Il est revenu de Stalingrad où son zèle honnête l'avait conduit, sanctionné par son supérieur hiérarchique, passant une convalescence miraculeuse après avoir reçu une balle dans la tête qui a épargné sa mémoire et son intelligence, en glissant sur la paroi interne de la boite crânienne dans une trajectoire sagittale heureuse, du front à la tempe. Reprenant son travail essentiellement administratif, le roman raconte la dilution des responsabilités qui rend l'anarchie possible, là où "ils" voulaient de l'ordre. L'ambiance est morose, Barbarossa est un échec. Maximilien part à Paris pendant son congé de convalescent, rencontre les collabos, les rédacteurs de "Je Suis Partout", se fait snober par Brasillach en se rendant au Café de Flore. L'idée lui vient d'aller voir sa mère, à Antibes, il ne l'a pas vu depuis 9 ans, il la déteste pour avoir obtenu la reconnaissance officielle de la mort de son père, de s'être remariée.

Il devient un assassin dans un moment de folie dont il ne souviendra pas. Au petit matin , dans la petite maison provençale sans charme autre que celle d'un petit pavillon, il se réveille et découvre les cadavres : un a été tué à la hache et sa mère est étranglée. Il ne sait pas ce qui s'est passé. La balle de Stalingrad explique trop facilement les choses. Il tuera encore à trois reprises, une deuxième fois dans cette maison de Poméranie où il oublie qu'il n'est seulement qu'en congé maladie, obligeant son ami Thomas à venir le chercher, pour regagner Berlin après 17 jours de marche hallucinée, au milieu de la fuite générale, une fille est sur la terrasse, apparemment étranglée. Il laisse la maison pleine de sa merde et son foutre, succédané de l'absence de sa sœur dont il n'arrive pas à rompre l'amour qu'il s'obstine à lui porter. Evidemment, la féminité pragmatique a tiré un trait sur ces amours d'enfants : il ne peut comprendre sa sœur qu'il rencontre à Berlin avant le matricide.

Il tue encore, gratuitement un organiste qui joue trop bien du Bach et pour finir son brave ami Thomas qui vient de le sauver d'un policier qui lui coure après depuis le meurtre. C'est dans les dernières pages. C'est vraiment la fin, le bunker va être pris, Hitler va se suicider, tout le monde fout le camp de Berlin où ceux qui avaient voulu partir trop tôt pendent aux arbres. Dans le zoo aux hippopotames agonisants le policier met en joue l'assassin pour faire enfin justice car le Dr Maximilien Aue a été épargné du fait de son statut d'Obersturmfürher SS). Arrive encore Thomas , habillé en ouvrier alors qu'il est un haut gradé de la SS, ayant prévu (très doué pour vivre le mieux possible au milieu de tout ça) même des faux papiers de STO français (tout simplement liquidé) pour sa fuite. Le policier s'effondre tué par Thomas.

Thomas se penche sur sa victime pour fouiller ses poches, en sort une liasse de Reichmarks qui ne vaudront plus grand chose très vite. Dans un réflexe pavlovien, Max ramasse un barreau d'une cage et fracasse le crâne de son ami. Il ôte ses vêtements prend l'habit du travailleur. Ainsi un assassin de masse et ordinaire peut aller finir sa vie comme petit industriel dans le Nord de la France. Aucune moralité dans cette fin où le héros avait le choix du suicide.

Peut-on en vouloir à quelqu'un qui avait l'Education sentimentale de G. Flaubert dans sa poche ?

About Shoah

Donc, cela ne peut être qu'un écran de fumée, une sarkozylade de plus pour détourner l'attention de la mauvaise situation politique et en particulier de la baisse dans les sondages. Pensez ! Confier à un enfant de CM2 la mémoire des enfants de la Shoah. Traumatisme assuré. Ne pas leur faire savoir, envelopper d'un voile pudique l'horrible vérité pour éviter les troubles psychologiques qu'on peut a priori redouter. Imaginez un enfant qui s'identifierait totalement jusqu'à se reprocher sa vie heureuse.

Ça ressemble un peu à un épouvantail, cette histoire, aussi horrible que celle du loup-garou. Pratiquement, comment seront attribués les noms des enfants juifs ? Y'en aura-t-il pour tous les enfants ? Ordre alphabétique ? Répartition aléatoire assistée par ordinateur ? Pourquoi Lui pour Moi ? Tout ça peut se résoudre et il est sans doute possible d'expliquer, dans la perspective de l'histoire de la seconde guerre mondiale, ce qui a pu se dérouler à cause de la montée de l'hitlérisme. En dehors de quelques nostalgiques du troisième reich, c'est un point commun à tout esprit moderne que de refuser d'oublier le massacre des innocents. L'argument des autres génocides est considérable. Cela contribue à affaiblir le sens de cette idée sauf cela s'intègre à l'enseignement des autres exactions commises par les légions guerrières qui ont façonné la pauvre histoire du paysan qu'on chasse de sa terre depuis la nuit des temps. Il n'y a pas d'opposition à parler du reste.

Je me demande ce que savent nos enfants de notre passé. Autant nous avons eu le temps, nés au milieu du siècle, de voir ce que la vie devait faire pour ne plus jamais voir ça, comme ils disaient en dix-huit, la der des der, comme on a revu en quarante, autant j'imagine que l'apprentissage des connaissances est un problème ardu pour tous les enseignants. Que sait un élève Français de terminale après six ans d'Anglais ? "Quite nothing and surely not enough" . Alors que sait-il de l'Histoire Contemporaine ? Pas assez de livres dans leurs cartables trop lourds ? Les envies d'exister remplacent l'ambition d'être et on ne peut les blâmer, de vouloir être encore plus libres dans un monde en paix, assurant l'avenir de tous, garanti de tous cotés. En votant, on ne dit rien d'autre, mettant le bulletin dans la meilleure promesse.

Laisser la place à l'enterrement de première classe de tout ce qui dérange et devenir cynique est impossible. Le bonheur ne se paie pas dans cette monnaie de singe. Ce qui dérange, c'est la relativisation de nos petits problèmes. Comment revendiquer notre pouvoir d'achat quand de si grandes misères ont accablés et accablent encore l'Humanité ? Explication de l'écran de fumée, peut-être mais au moins faire un effort de mémoire envers toutes nos erreurs passées pour en tirer des leçons sans mortifier dans la repentance nos consciences tranquilles reste au programme.

Et puis encore le Juif. Toujours lui. J'ai entendu Jacques Attali dire que pour les Juifs, le scandale ce n'est pas la richesse, c'est la pauvreté. C'est pas faux. Prétendre que le scandale , pour le Chrétien , c'est la richesse, c'est un peu parler à sa place. Voyez comme on peut se disputer pour si peu. Alors soulever les arrières pensées pro-sionistes du Président n'est plus qu'à une station de métro. Serait-ce le fond du problème ?

Une fois de plus, j'essaye de cacher ma gêne. Gêne de voir que l'Age d'Or d'une Humanité qui se respecte et admet ses différences est comme le Graal que n'ont jamais trouvé les Chevaliers de la Table Ronde. Si vis pacem, para bellum reste de mise. La vertu de la laïcité est d'offrir une solution acceptable à tous ceux qui ne veulent pas faire la guerre. C'est prouvé, c'est un remède sûr. L'enfant aspire à cela. Il le demande à ses parents. Il veut aussi qu'on lui dise l'Histoire sans la déformer. Malheureusement, depuis Marathon, beau massacre en vérité, ce n'est pas très beau à raconter. C'est sans doute encore plus difficile de le résumer.

Alors, qu'un Moïse Israël soit un fil rouge dans la mémoire d'un Kevin Durand et devienne un élément de propagande ne parait pas un bien grand risque. Ça va être un peut plus compliqué pour un enfant musulman dans un contexte familial pro-palestinien. Monsieur le Président, vous y avez pensé avant de faire un bel effet au diner annuel du Crif ?

lundi 3 mars 2008

littérature marchande



François de Closets nous publie un nouveau livre. De nouveau sur les antennes, j'ai eu l'occasion de l'entendre hier matin sur ma radio habituelle. Il a trouvé le créneau du moment : "Le divorce entre les élites et le peuple". Le voilà dans les pas de Besancenot ? Closets est depuis des années ce personnage sympathique (forcément) qui nous explique le progrès, avec un grand sourire. Je crois qu'il n'est plus trop à la TV ces derniers temps. Fallait bien qu'il vive et ponde un énième bouquin. Ce n'est pas la première fois qu'il nous fait le coup de la leçon.

Première attaque, l'euthanasie. Qu'en pense-t-il dans le fond, on n'en saura rien mais il est certain pour lui que le Parlement a été manipulé et que la loi attendue après la mort du pauvre Humbert a été saboté par des "petits lobbies" qui ont réussi à faire un blocage idéologique alors que l'opinion des Français, "on le voit dans tous les sondages" approuvent l'évolution de la Loi. Il y a donc un bloc religieux et une mission parlementaire complètement noyautée.

On sent de l'amertume chez cet homme qui dans "toute sa carrière" a observé l'insidiosité. Autre exemple, les élites et le nucléaire, les bombes atomiques en trop grand nombre (on en a suffisamment, pourquoi les changer ?) , les OGM, pour lesquels il n'a pas une opinion tranchée, attendant courageusement qu'on puisse avoir des certitudes sur le sujet . En attendant il est contre les opposants idéologues. Dont acte. Il doit avoir acheté des actions Monsanto ? "Vous-rendez-vous compte", sa formule à tout dire, pour enchainer sur les accidents de la route, ce scandale où il a fallu attendre des années avant de limiter la vitesse.

La peine de mort : pas de trouble pour la différence d'opinion entre le peuple et l'élite. En 1981, l'opinion était contre. Mitterand fait passer la loi d'abolition sur la base de son programme électoral. Notre Closets applaudit des deux mains. Là, voyez-vous, l'élite prend ses responsabilités. C'est bien. Sauf que c'est le meilleur exemple de papa qui fait sa leçon et l'enfant n'a pas le droit de parler. Mais pour Closets, c'est du beurre de démocratie quand l'élite persuade le peuple d'accepter quelque chose pour son bien.

L'émissionradiophonique se termine sur le dernier et incontournable problème de la vie à la française : "les crottes de chien": il évoque ici la force du statu quo. Si l'élite avait le courage politique de dénoncer cete situation dans les grandes villes, la France rejoindrait le standing de Londres, New-York, Berlin. En attendant, si les gens n'aiment pas suffisamment leurs chiens pour assurer leur propreté, ils n'ont qu'à s'acheter des chiens électroniques (sic).

Vous l'avez compris je vous recommande de ne pas acheter ce livre, de ne l'offrir à personne et si on vous l'offre, vous savez qu'il existe des bornes de recyclage papier, ce qui permettra aux Chinois de se torcher le cul avec.

vendredi 29 février 2008

En mémoire de mon pays natal que j'aimerais bien visiter un jour

26/09/2006, 13h46
Mon frere il faut visiter le lien en bas pour le livre dans le quel est tire ce texte et si tu veux voire encore plus va sur web Guinee tu vas decouvrir les monstres qui ont extermines plus de cinquante mille Guinneens et incarceres plus de deux cent milles autres arbitrairement quidnapes et tortures pour des faits banals. Certains ce sont meme retrouves dans ces camps de concentrations pour juste un simple reve comme cet eleve de quinze qui a reve etre president de son pays. Ce garcon sera interne et torture au camp Boiro(l'un des camps de concentrations) jusqu'a la fin de ses jours.

http://www.campboiro.org/bibliotheque/kaba41/cabel.html#pacteAstFodeba
http://www.campboiro.org/index.html
http://www.campboiro.org/bibliotheque/tchidimbo/huit_ans_captivite/tdm.html
http://www.campboiro.org/bibliotheque/alata_jp/prison_afrique/tdm.html
http://www.campboiro.org/bibliotheque/mahmoud_bah/tdm.html
http://www.fuuta-jalon.net/bibliotheque/aisow/index.html
http://www.campboiro.org/bibliotheque/amadou_diallo/mort_telli_diallo/tdm.html

Africain
29/09/2006, 18h37
Des quelques réponses, il y a celle de notre frère Ansoumane Doré qui mérite d'être publiée. Voici le texte intégral qu'il faut absolument lire.
Il y a 48 ans, aujourd'hui 28 septembre 2006, que la Guinée, en votant NON au Référendum organisé dans le cadre de l'Union française (la France, ses départements et territoires d'outre-mer, on n'utilisait plus officiellement le terme de colonies depuis 1946), accédait à l'indépendance.
Celle-ci devait apporter aux Guinéennes et aux Guinéens, la Liberté et la Dignité qui leur avaient été confisquées par la colonisation. Près d'un demi siècle après qu'a apporté à la Guinée le NON historique de 1958 à la Guinée? C'est à mon avis cette interrogation que chaque Guinéenne et chaque Guinéen éclairé (e) devrait se poser.
Au lieu de cela, certains Guinéens continuent avec des escouades de séides de Sékou Touré et de son PDG de faire comme s'ils ne voyaient pas le monde évoluer autour d'eux. Les maux et la misère dont souffrent les Guinéens, leur apparaissent comme imaginaires. Ces séides de Sékou Touré et du PDG, insensibles aux calvaires du peuple de Guinée continuent d'évoquer, comme frappés de psittacisme, l'Attila africain, Sékou Touré qui n'a laissé comme héritage à la Guinée que la montagne de calamités que tout le monde connaît.

Qu'est-ce que la Postérité retient, tout au long de l'Histoire, d'un bâtisseur de nation?...C'est ce qu'il a laissé aux générations futures de concret, mais pas que des mots , rien que des mots chargés de bonnes intentions. On dit que l'Enfer est pavé de bonnes intentions. Or de la vie du dictateur guinéen les bonnes intentions pour la Guinée n'ont jamais manqué, mais les Guinéens n'ont toujours constaté que le contraire de ces bonnes intentions. Certains de nos compatriotes se sont malheureusement fossilisés sur le coup d'éclat de 1958. Depuis lors, ces thuriféraires du tyran et du PDG se sont toujours rabattus sur les menées de l'impérialisme et notamment de l'impérialisme français qui était devenu l'antienne du PDG et son Responsable suprême de la Révolution pour justifier leur incurie à conduire la Guinée vers le progrès.

Nul ne peut sous-estimer les menées en tous genres de l'impérialisme français contre la Guinée indépendante, mais si l'on ouvre les yeux, ces menées impérialistes n'expliquent pas tout le malheur guinéen. Dans un village, quand un père de famille constate que l'extérieur lui est hostile,
la sagesse lui commanderait alors de serrer la famille autour de lui contre l'extérieur. Qu'a fait Sékou Touré pour la "famille-Guinée"?

Il n'a fait que la détruire. Ce n'est pas le lieu de rappeler, ici, la liste de nombreuses victimes innocentes de la barbarie du Parti-Etat de Guinée. Julien Condé et Dr Bah Thierno viennent de le faire dans une communication sur le site kibarou.com. La seule famille que Sékou Touré a protégée et unie a été sa famille et alliés de Faranah. Tout le reste reposait depuis le 2 octobre 1958 sur un mensonge colossal. C'est pourquoi les Guinéens doivent balayer les scories du PDG qui les engluent encore psychologiquement et empêchent la Guinée de prendre son envol vers les Lumières, vers le Progrès pour ses enfants. Il faut balayer le mythe du NON du 28 septembre 1958; il faut balayer le mythe du Père fondateur de la Nation guinéenne, Sauveur de la dignité des Guinéens et des Africains. Ce sont là des mensonges. Avoir fait voter les Guinéens NON au référendum du 28 septembre 1958 et accéder ainsi à l'indépendance n'équivaut tout de même pas aux faits d'armes et à l'héroïsme des Vietnamiens, des Algériens, des Bissau-Guinéens, des Angolais, des Mozambicains... etc qui ont chassé par les armes le colonialisme qui s'était imposé par les armes.

Mes compatriotes guinéens, cessez donc de chanter le NON de la Guinée en 1958 comme un haut fait d'armes d'autant qu'il n'a été suivi pour vous que par un drame qui n'en finit pas. Moi, j'ai connu (puisque j'avais l'âge où l' on commence à s'intéresser à la politique) l'atmosphère qui régnait dans l'Afrique coloniale depuis la Conférence de Bandoeng (en Indonésie) en 1955, sur la libération des territoires coloniaux. Que les Sékou Touré et consorts aient acquis ou non l'indépendance de leurs territoires; cette indépendance était inscrite et perceptible dans l'évolution du Monde d'alors. Que ce fait se soit produit dans les années 50, 60, 70 ou après, il se serait produit un jour.

L'Histoire a montré qu'aucune colonisation n'a été définitive, à moins d'avoir supprimé les indigènes comme cela s'est passé en Amérique du Nord;
J'ai posé ci-dessus la question du bilan enregistré en Guinée depuis 1958.

Sans aller jusqu'à présenter un bilan (je l'ai d'ailleurs tenté dans mon livre "Economie et Société en République de Guinée 1958-1984 et Perspectives" Editions Bayardère, France, 1986, 518 pages), je vais esquisser un synopsis ci-dessous: Les conséquences des politiques menées depuis 1958 sur :

LA POPULATION GUINEENNE : du temps du PDG, sur une population totale estimée alors à 5 millions d'habitants, 2 millions (soit 40%) s'étaient exilés non pas tant pour des raisons économiques que pour fuir la répression et la terreur que le régime faisait régner sur le pays.

L'AGRICULTURE GUINEENNE: un peu avant l'indépendance en 1954-1956, sur 800 000 ha consacrés à la riziculture par les 8 pays francophones de l'Afrique de l'Ouest, la Guinée, à elle seule, cultivait 350 000 ha (soit 43,7%) ce qui correspondait à 42,6% de la production de l'ensemble de ces pays. Toujours dans le cadre de ces 8 pays, la Guinée produisait 13,7% de maïs, 14,7% de patates, 12,7% manioc .. etc

La Guinée apparaissait alors comme un des greniers à grain de l'Afrique de l'Ouest. De ces 8 pays, les deux gros producteurs de banane étaient la Guinée et la Côte d'Ivoire. En 1955: 100 000 tonnes en Guinée 33 000 tonnes en Côte d'Ivoire. Dès 1963, la Côte d'Ivoire dépasse la Guinée (139 400 t contre 49804 t ). L'élevage, très important en 1958, va s'effondrer d'année en année. La politique des FAPA (fermes agro-pastorales d'Arrondissement avait fini par étouffer l'agriculture avant de disparaître. Inutile de parler de la pénurie de riz en Guinée. Et le ministre de l'Agriculture n'est plus que le contremaître de l'hacienda" du Président.

LE SECTEUR INDUSTRIEL ET MINIER: Ce secteur n'était plus qu'une ruine en 1984. Seules, les mines exploitées par les firmes étrangères avaient servi d'oxygène aux gouvernements successifs.

LES INFRASTRUCTURES du pays sont tombées à un niveau inférieur à celui de 1958 . C'est une honte pour le Guinéen de faire sur ce sujet une comparaison avec les pays voisins. Un seul exemple, ici, le chemin de fer Conakry-Kankan (662km) Quand j'étais au Lycée de Conakry, en 1949-1956, j'ai souvent emprunté cette ligne. La durée moyenne du voyage dans un sens ou dans l'autre était de 12 à 13 heures. Dix ans plus tard, en 1966, il n'y avait plus que trois trains par semaine (un train par jour en 1958) qui mettaient en moyenne 60 heures pour un simple aller. Vers le début des années 70, il y avait très peu de trains qui parvenaient à couvrir la totalité du parcours. Finalement, ce chemin de fer qui a joué, dans le passé un rôle économique important et un rôle de brassage des populations guinéennes, a disparu dans l'incurie totale qui a été la règle depuis 1958.

LA MONNAIE GUINEENNE: Là aussi, toute l'expérience monétaire guinéenne depuis 1960 a été un gigantesque fiasco. Une monnaie est le miroir d'une économie et comme celle-ci n'a jamais fonctionné à la satisfaction des Guinéens, le miroir ne pouvait renvoyer qu'une image défectueuse. Qu'on en juge:

- le premier franc guinéen 1960-1972: fiasco total;
- le syli 1972-1986:fiasco;
- le deuxième franc guinéen depuis janvier 1986:fiasco, jusqu'à ce 28 septembre 2006.

A la mort de Sékou Touré, en 1984, l'endettement du pays excédait largement la capacité de l'économie guinéenne. De 1974 à 1982, l'aide arabe à 41 pays africains non arabes a été de 7988 millions de dollars dont 743 millions à la seule Guinée (soit 9,30%). Les Pays socialistes avaient aussi des prêts élevés sur la Guinée à tel point qu'on avait donné à l'URSS les mines de bauxite de Kindia à exploiter pour se rembourser. Quels ont été les résultats de tous ces flux financiers sur le sol de Guinée ? Nul ne peut vous les montrer.
De tous les points succinctement cités ci-dessus que constate-t-on?

Une paupérisation cumulée des années et une misère sans nom, de la population guinéenne à côté d'une petite nomenklatura plantureuse et arrogante.

Voilà schématiquement quelques aspects qui ont suivi le NON du 28 septembre 1958. Et vous voulez qu'on continue de le célébrer et de le chanter ?..NON!

Le non du 28 septembre 1958 aurait pu être autre chose que le système perverti du PDG en a fait: une suite de répression, de terreur, de destruction de l'homme guinéen. Ce que nous devons retenir ; c'est se défaire de l'état de sujétion qui nous englue encore fortement, car les espérances que les guinéens attendaient de la suite du 28 septembre 1958 ; c'était une espérance de Liberté, une espérance de Dignité.

La liberté et la dignité que nous attendions ne sont pas celles qui poussent de jeunes guinéens à fuir leur pays pour aller mourir dans le train d'atterrissage d'un avion en partance pour l'Europe ou à aller se noyer dans une vieille pirogue entre la côte africaine et les îles Canaries.

La désespérance que le régime de régression humaine de Sékou Touré et ses fils et filles spirituels ont installée sur la Guinée ne doit pas mériter de reconnaissance au contraire, c'est un procès de ce régime qu'il faudra un jour organiser et qui permettra aux Guinéens de faire leur "révolution culturelle" et de se réconcilier.

Ansoumane Doré



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