mercredi 9 mai 2007

Manichéisme et Taoïsme

Simplifions d'abord la terminologie : Lao-Tseu dont l'existence n'est pas prouvée aurait écrit le Livre de la Voie et de la Vertu et son enseignement aurait abouti au Taoïsme. Nous parlerons de taoïsme pour réunir ces trois aspects. Disons que le taoïsme s'appuie sur la légende de Lao-Tseu, vers le VIème siècle avant J-C. Bouddhisme, Zen, ont des liens avec l'enseignement de Lao-Tseu. Le comparer au Manichéens, secte importante qui vit le jour au IIème siècle n'est utile que pour opposer les concepts. Le Manichéisme, en tant que "religion" n'existe plus.

Dans ces deux croyances, la recherche de la perfection semble être le ressort des initiés. En commun, ces deux mouvements ont l'incertitude qu'on a à les classer en religion ou en philosophie. Presque mille ans séparent le taoïsme du manichéisme. Leur influence géographique concerne la Chine pour le taoïsme et l'ancien empire perse, pour le manichéisme.

Qui sait qu'au IIème siècle après J.C. "l'église", fondée par un certain Mani, eut de nombreux adeptes de l'Indus à l'Iran et laissa un héritage culturel, comme nombre de miniatures persanes, ainsi qu'une réputation d'ascétisme. De l'église de Mani, il ne reste presque plus rien, plus de lieu de culte, plus d'adepte. Le taoïsme, en passe de devenir une façon de penser pour nombre d'Occidentaux, tout continue.

Tout le monde connaît le yin et le yang mais peu savent que cela se rapporte au taoïsme. Si manichéen a pu vouloir dire hérétique, son sens moderne évoque la sentence définitive. Nous voici devant la grande différence entre les deux concepts. Un peu de noir dans le blanc, un peu de blanc dans le noir et en face, c'est tout noir ou c'est tout blanc. Le concept compréhensif s'oppose au jugement sans appel.

La prophétisation de Mani tend à entraîner l'humanité entière : "Suivez- moi", vous n'avez pas le choix. Du pur manichéisme ! Du Bien et du Mal qui ne se mélangent pas, une seule voie est possible : celle du Bien. Tant pis pour les autres ? Pour se fondre entièrement dans la lumière cosmique, rappelant l'influence du zoroastrisme dans ses origines, le Manichéen prend la voie du Christ et de Saint-Paul. Il appellera également Bouddha. De ce côté, la faute est sur l'homme qui a le pouvoir de vaincre le mal par sinon il sera perdu. L'échec est mortel. L'Église romaine ne tolérera pas ce schisme et persécutera les adeptes.

Le Taoïsme est comme le poisson dans l'eau. Il se mélange avec le confucianisme dans le bouddhisme. S'il montre une voie ascétique, il permet aussi de comprendre que l' homme est tout petit face au Mal. C'est la normalité. La doctrine est là pour l'aider, lui faire trouver le petit point blanc dans le noir. Accroché à lui, l'homme atténuera ses souffrances. Quand on ne peut rien faire d'autre, c'est déjà ça. La compassion et l'acceptation de la souffrance laisse ceux qui ne peuvent pas se protéger du mal avec l'espoir d'une grâce.

Tout est clair à présent, pour un Homme du XXIème siècle qui aurait tant soit peu un savoir universel. Choisir le manichéisme comme mécanique d'esprit peut convenir à celui qui aurait le pouvoir de neutraliser le désordre qui voudrait l'atteindre, capable de construire une bulle où il n'y aurait que le blanc. Quel homme aurait réussi cela ? En revanche, choisir le Taoïsme peut être un chemin vers la Vérité de ce monde, où rien n'est pas parfait, défini comme tel, où l'être humain choisit la minuscule, sachant que son action, même remarquable n'atteindra jamais la perfection du Tout.

Pour conclure, restons donc modestes et citons Lao-Tseu : "L'homme qui sait ne parle pas. L'homme qui parle ne sait pas."