Paul était exténué. Recroquevillé sur un lit de camp installé au fond de la bicoque où il avait trouvé à loger, comme groggy, il sommeillait. Son corps fébrile et douloureux lui envoyait de calamiteux messages. A quel point un organisme peut supporter l'effort, la faim, le repos déprimant dans une cellule de forçat, où rien n'a de couleur, variations brunes et noires d'une crasse poussiéreuse accumulée ? On ne peut pas tout quitter sans tout perdre, c'est la règle. Il avait bu le sel de la terre et à présent, l'eau pure lui manquait. Son regard inexpressif n'avait rien d'intéressant à regarder dans cette maison misérable.
Enfermé dans sa tête, les pensées s'étaient vidées des souvenirs heureux qui sont la vie des gens. Ces gens, ils ne les voyait plus, aucun n'avait plus de valeur qu'un autre, il ne cherchait plus à construire idiotement une relation confiante tant il avait eu à souffrir d'une parole donnée inutilement. La question de l'utilité n'était plus posée. Toute responsabilité détruite, Paul avait trouvé la liberté comme un rat s'arrange de ce que l'homme lui laisse sans aucune convenance.
Dormir quelques heures, presque un luxe, un loisir d'innocent. Dans le grand township de la zone, il n'y a pas d'autre loi que de fondre son corps dans une mécanique indifférente. Impitoyable et cruel, ressemblant à un jeu où l'on doit cacher ses cartes en permanence, rendant les visages fatigués, les yeux creusés et le sourire absent, le contact ne s'établissait qu'avec la nécessité méfiante quand on se trouve dans la recherche de l'indispensable accord minimal, qui épargne, autant que ce soit possible, l'usage de la violence.
Sans nouvelles de Paul depuis des semaines, elle se désespérait du temps qui passait. Quoi de plus naturel que d'attendre dans une souffrance patiente le retour de Tristan, quoi de plus tragique que de voir une voile noire alors qu'elle eût due être blanche ? Toujours l'idée du pire qui nous assaille, c'est sans doute pour conjurer à force d'exhortations semblables les erreurs du sort. Dans ces histoires minuscules se détache la structure véritable car tout se réduit à un principe, qu'on en ait ou non.
Sortant de sa torpeur, paresse congénitale et grand but de l'homme, Paul se résolut à écrire. Il prit une vieille feuille de papier et le dernier crayon qui restait et griffonna : "il y a une chose indéniable dans les informations qu'on croit fondamentales; le sort des uns ne dépend pas forcément du sort des autres et quand une pièce maitresse manque au compte des années, il faudrait pouvoir revenir en arrière et satisfaire aux quatre volontés des enfants qui n'ont pas eu de cesse que de vouloir toujours plus que ce qu'il croient qu'on a jamais eu en tout cas, c'est le destin apparent des situations disparates quand on essaie de disparaitre car il ne reste plus rien à faire ou à dire qu'on ait jamais essayé d'obtenir"...
jeudi 27 novembre 2008
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