mercredi 23 avril 2008
LE DEVOIR
" Dans l’accomplissement du devoir, comment éviter le fanatisme et le dogmatisme ? Le fil conducteur de cette réflexion amène à s’attacher plus à la définition du "devoir" qui conduirait ou non à ces deux états dogmatisme et fanatisme. Nous en dirons “un mot” quand même !
Le devoir est la pire des choses qui soit arrivées à l'homme car le devoir se différencie du besoin. Satisfaire à des exigences physiologiques pour ne pas dépérir ou tout simplement rester en bonne santé n’est pas différent d’un instinct animal. Le lion chasse pour sa viande, il en est obligé mais saura mourir de faim s’il n’y a plus rien dans une savane à la saison trop sèche. Il n’a aucun sentiment de regret, ayant vécu tout ce qu’il était possible de vivre, tandis que l’homme, qui a remisé l’instinct à un niveau inférieur, trouve dans une situation semblable une explication à l’impossibilité de construire son bonheur sans contre-partie. Pour éviter une telle situation, le prix à payer est l’accomplissement d'un devoir et l'échec est attribué à la négligence de ce devoir. Dans la société, l’homme estime avoir résolu le problème des pulsions primaires : il protège son nouveau-né plus longtemps qu’aucun autre animal, jusqu’à caricaturer son émancipation en une projection de soi-même. Anticipant les aléa de la survie, il en a tiré un principe de précaution et le jeune humain a le monde servi à tous les repas. Le devoir devient la protection de la richesse accumulée. Si le devoir c'est de vivre, alors tous les moyens sont bons. Il n’y a pas de différence entre les hommes quand ils ont le regard perdu dans l'immensité de l’espace étoilé, levant la tête par une nuit sans nuage, regardant avec l’émotion qui convient en ces circonstances, la petitesse dont ils sont faits, alors que rien n’est plus grand que leur assemblage mais insidieusement s’est créé une hiérarchie des valeurs qui subordonnent nos instincts.
Le devoir est arrivé avec la conscience de l'opportunité du choix, en cherchant à mieux préserver la richesse. La richesse, c’est le feu quand on découvre qu’en frottant deux silex, il est possible d’en obtenir tant qu’on veut. C’est le premier temple qu’on construit pour le protéger, tout en faisant un dieu. Si le devoir c'est d'obéir à des règles, alors on démultiplie, comme dans une transmission, le sens de l'existence. Vient tout naturellement le moyen d'en sortir et qui est pour certains la question philosophique ultime : le suicide. C'est une machination infernale que de naître et que d’apprendre la liberté dans des livres d’histoire. Transposition admirable et suffisante pour l’élève docile mais bien trop réducteur pour l’élève attentif. Est-ce que l’un deviendrait fanatique et l’autre finirait dogmatique ? L’esprit critique, heureusement, se nourrit de tout, même des idioties et il ne suffit pas d’être surdoué pour être intelligent. La maîtrise d’une théorie fera un spécialiste en la matière mais comme un fou qui ne saurait pas à quoi sert un bouton de porte, il ne saura jamais qu’il vient de permettre à d’autres de les ouvrir. Plutôt content d’avoir accompli “son devoir”, il ne reste plus qu’à lui fournir une retraite feutrée. Cet exemple montre un homme qui n’a pas échappé à l'idée de son devoir. Cela en fait-il un homme meilleur, ou, en posant plus exactement la question, a-t-il vécu avec l’impression d’être heureux ? Est-ce qu’on se trouve meilleur de comprendre qu’une valise a besoin d’une poignée mais que celle-ci ne peut pas ouvrir de porte ? Le problème des lois qui est posé ainsi, hiérarchisant les mérites ou les récompenses, tiendrait du dogme si les lois étaient gravés dans le marbre et elles provoqueraient le fanatisme si, au sein d'un groupe de n'importe quelle appartenance, qui impose sa propre définition et endoctrine les plus défaillants, on avait transformé l’être humain non pas en un animal, non pas en esclave mais en robot.
Faire son devoir, c’est mourir au camp d'honneur et glorifier cette sanctuarisation d'une histoire héroïque. Il est inutile de discuter du bien ou du mal dans cette question. Devoir faire ce qui est en son pouvoir n’est pas forcément le bon choix. Parfois, il faut s’abstenir. Dogmatiques, nous le sommes tous, à divers degrés. Chacun a accepté la description du monde dans lequel il a grandi et il n’est pas meilleur défenseur de la société que celui qui veut la détruire, lui accordant alors toute l’importance de son existence. On dira de lui que c’est un fanatique, soumis à une loi personnelle ou refusant de partager, celles qui, depuis que les humains se partagent les territoires, permettent à notre construction baroque de ressembler à l’allégorie normative d’un spectacle œcuménique.
On peut avoir peur aussi bien des centrales nucléaires que des araignées. "
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