Refaire le monde, comme toujours : discussions passionnées, plans sur la comète, théories sur papier ne datent pas d'hier. Rousseau nous disait que la bonté humaine était pervertie par la propriété tandis que Voltaire, notre libre-penseur favori accumulait une fortune immense et poussait aux feux de la Révolution. Les banquiers suisses l'enterrèrent grâce au petit caporal et il fallut plus de cent ans pour que la République accorde des congés payés à la classe ouvrière. En 1850, quand on tirait à coups de canon sur les canuts, la vie n'était pas drôle.
En ces temps-là les gens étaient polis forcément, actuellement il n'y a plus de respect, tous avec leurs téléphones portables qui leur donnent l'air supérieur de quoi je vous le demande, des guignols "Mais Madame, j'ai bien le droit" qui se croient endimanchés parce qu'ils portent la dernière marque à la mode, dans ces tenues qui n'auraient jamais dû quitter les terrains de sport où la violence s'arrête en jouant les matchs de foot à huis-clos. Contraste saisissant des époques. Querelle des anciens et des modernes. L'ignorance populaire était aussi forte maintenant qu'autrefois. Il a fallu rendre l'école obligatoire et interdire le travail des enfants pour que ce ne soit pas seulement quelques privilégiés qui aient accès au savoir. En cent ans, on a construit des écoles pour tous en mettant au cœur de nos espoirs l'éducation. Il n'en ressort que le cri déchirant des professeurs qui doivent croire que Jules Ferry se retournerait dans sa tombe s'il voyait qu'après tout ce temps de bons et loyaux efforts des "curés" de la République, le Peuple a un niveau de connaissance moyen déplorable. D'où vient, dès lors, l'idée que, naguère, "les gens étaient moins bêtes" ? Ils lisaient plus les journaux ? Il craignaient plus l'instituteur ? Les parents avaient plus de bon sens ? Quand l'Education Nationale réfléchit au fait que dans les premières années, l'enfant n'est plus guidé, qu'il n'accepte pas qu'on lui dise non, ruinant les efforts pédagogiques, c'est l'autorité remplacée par la liberté d'appréciation : comme il n'est plus question de punition, doit-on se contenter de notifier aux parents devenus "partenaires éducatifs" ?
Il est insuffisant de distribuer plus de moyens pour que la situation évolue favorablement. On verse comme dans le tonneau des Danaïdes l'argent du Service Public sans demander en retour au citoyen de respecter la Chose Commune. Dégradations des transports, du mobilier urbain, violences scolaires achèvent de rendre la société détestable. Il serait heureux d'inverser le sens de ce recul dans lequel l’avenir des jeunes semble désidéalisé. Il faut néanmoins leur faire confiance parce que si leur intelligence est endormie, leur instinct est intact. Sans doute la génération des baby-boomers qui a tant rêvé d'une société plus juste les a trop protégés et ils ne peuvent se contenter d'un discours électoral du type "pour accompagner les PME, soutenir les agriculteurs, mais aussi bien sûr pour développer les logements, l’accès à la santé, les transports et protéger l’environnement" qui est un copié-collé xyloglosse. Droguée par le temps qui passe sans que la catastrophe la touche autrement que par l'intermédiaire d'un écran de télévision où elle achève son endormissement, la génération post-68 s'adonne à un aquoibonnisme dangereux dans lequel la lutte syndicale ou politique ne l'intéresse guère. On ne peut tout de même pas, comme on mettrait le nez du chien dans son caca, la plaindre comme Cosette ou Gervaise. Un peu comme ces gosses de riches qui "bouffent l'héritage", les petits Poulbots imposeront le partage à leur manière. Pourquoi voudrait-on qu'ils bossent aussi dur que leurs parents qui leur ont tout donnés ?
mardi 27 avril 2010
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