samedi 7 avril 2012

Les nerfs à vif

Norvège, France, la psychopathie de deux meurtriers serait similaire? Pour vérifier la responsabilité de Merah, c’est un peu tard, maintenant. L’absence du père, est-ce que ça fait de chaque enfant (combien sont-ils) sans père un meurtrier en puissance ?

Oui, il faut faire attention en comparant les deux criminels : Dans les modes d’action, il y a d’un coté, une bouffée libératrice immédiate en un acte aboutissant à un massacre et de l’autre, une rumination vengeresse dans laquelle sur plusieurs jours, le passage à l’acte semble très conscient, ciblé, avec d’ailleurs l’intention d’en faire plus si on ne l’avait pas cerné.


arrestation de Breivik : «On accoste et on court directement vers la pointe sud. Il faut courir sur 300-350 mètres. Quand on s’approche des coups de feu, on hurle “police, nous sommes armés”», précise-t-il. Les cinq hommes arrivent dans une zone boisée. «Soudain, le tireur est face à nous, les mains levées en l’air», indique Haavard Gaasbakk. Son arme gît 15 mètres derrière lui. Il est arrêté et tenu en respect par un des policiers…

Si l’on admet qu’il s’agit seulement de psychopathes, au milieu d’une société qui n’a pas su les soigner, alors, effectivement il n’est pas besoin de rentrer dans d’autres détails que leur histoire personnelle et l’arrière-plan n’est que le terreau dans lequel ils poussent ? . En quelque sorte, pas besoin de changer la terre ? L’extrémisme religieux similaire à l’extreme droite, phénomènes de société dont on ne peut mesurer l’influence, pas si grave, “après tout”? il me semble qu’il faut prendre position sur ces sujets .


Sur la récupération politique, j’observe que ce drame national n’était pas prévu dans la campagne électorale : commet cela va-t-il influencer l’électeur, je n’en sais rien. Question vraiment secondaire pour les victimes … La campagne est loin d’être finie, les nerfs des candidat sont à rude épreuve.

Un suivi a-t-il été mis en place, en tout cas, j’ai lu qu’une expertise psychologique existe, qu’il a passé 15 jours en hôpital psy, qu’il y a bien eu des éducateurs, qu’il avait le rsa (ce qui suppose une socialisation) , bref, que tant qu’il n’est pas passé à l’acte, il avait accès aux mêmes services de l’état, comme tout un chacun.

Alors, sur le fond, le système est défaillant à prévenir ces créations de monstre : faute à la justice , faute à notre façon latine de mieux admettre la punition que la prévention, la sanction, plutôt que le pardon, pardon que j’avais en tête avant sa mort, imaginant qu’on puisse lui faire comprendre qu’il s’était trompé, qu’on puisse lui faire prendre conscience de son faux raisonnement : idéalement chrétien, naïvement crédule, idiot sans doute.

Les prisons sont pleines à craquer, à défaut d’usines à construire, on en bâtit de nouvelles, notre société va mal, ça n’est pas seulement la faute aux extrémismes et le politiquement correct en est encore à la lecture des Misérables. Javert qui ira se noyer dans la Seine, Gavroche sous les balles mais Cosette qui finira bourgeoise… Toujours à relire !

Le noyau dur du problème me semble être une implacable monstruosité à ne pas pouvoir partager des valeurs communes comme le respect des uns et des autres, éliminant les provocations inutiles et funestes car les coups sont comptés, la vengeance entraîne la violence et elle n’est jamais une solution. Je vois bien qu’il y a des violences dans la société, la perte du père, la précarité sociale, le racisme ordinaire, les inégalités : est-çe qu’il est possible de parler ”politique” maintenant ?

Votez Sarkozy

Le “Peuple” , ça ne veut rien dire, sauf dans la bouche du démagogue . C’est une espèce d’entité abstraite, fourre-tout de la conception que chacun s’en fait. Le sociologue voit bien que ce qu’on dénomme ainsi est l’agrégat hétéroclite de ce qu’on pourrait définir comme habitants d’un même territoire, par extension, les humains vivant sur la Terre. Est-ce que ça définit pour autant “l’Humanité” ? On peut en douter également car dans cette idée d’humanité, il y a une certaine compassion dont certains groupes sont dénués, pensant que la guerre est encore une raison d’exister. Les “causes justes” méritent certainement de mener toujours le combat. Se situe ici le ligne de front. Nous avons arrêté de nous taper sur la gueule entre voisins et à travers ces guerres mondiales qui, je l’espère sembleront incroyables à nos enfants, nous avons appris la souffrance et le sacrifice. La classe ouvrière devient une véritable aristocratie aux yeux du chômeur tandis que l’allocataire fait rêver l’immigrant. Quels personnages Hugo inventerait pour écrire des nouveaux “Misérables” ? Qui estGavroche aujourd’hui ? Javert en Guean, là, c’est trouvé… Mais Valjean, qui est-il de nos jours ?

Ici, tout le monde en parle en tout cas. Comme l’autre jour, à canal+ , quand ils ont servi la soupe au président-candidat, c’était écœurant , on aurait dit que c’était écrit à l’avance. Il y a vraiment quelque chose de pourri comme un cancer inextirpable aux racines tentaculaires dans la société et je me demande parfois mais pas trop souvent quand même si il existe un remède efficace à tout ça. La démocratie a remporté d’immenses batailles mais comme le sucre dans le café , elle semble se diluer pour devenir un infâme sirop imbuvable. Personnellement, je ne mets d’ailleurs plus de sucre dans mon café. C’est bien meilleur l’amertume, il faut bien s’y habituer parce que, comme tu dis, chaque jour amène son lot de mauvaises nouvelles et la solution de ne plus jamais regarder un journal Tv n’est pas facile, tellement nous sommes cernés par les écrans et aussi les caméras. Orwellien peut-être , obsédant certainement , la grande morale médiatique a cette espèce de trivialité vulgaire dont il faut bien s’accommoder: c’est simplement un nouveau paramètre. J’entendais la candidate de LO à l’autoradio hier midi, justement, tiens, et ben, comme il faut dire maintenant, elle aussi, elle est bien obligée de sortir ses phrases toutes faites sur le chômage, la retraite, en 2 mn, elle explique et résoud tout. Enfin, il faut bien avouer qu’elle arrive presque à faire oublier Arlette, il ne lui manque plus que reprendre la formule ”travailleurs, travailleuses” et ce sera bon. L’autre chienne qui garde sa niche et voudrait nous faire voter à coucouche-panier-je-vais-vous-mettre-la-tête-au-carré n’a pas pu s’empêcher de traiter de salauds ceux qui l’avaient dit en premier et ben c’est eux qui le sont en vrai. La Marianne, c’est peut-être aussi une salope mais elle te dira, ”allez, dégage” si tu lui fais pas bien ta cour. Il y en a un qui le sait bien qui lui fait ses yeux doux d’épagneul, bon chien, chasse de race et toute sa meute qui suit derrière. Quand elle prendra son élu dans ses bras, de toutes façons et quel qu’il soit, on l’aura perdu à jamais, celui qu’on croyait à nous pour toujours. Ah, c’est pas une partageuse, la gourmande.

jeudi 8 juillet 2010

mardi 27 avril 2010

Incorrection politique

Refaire le monde, comme toujours : discussions passionnées, plans sur la comète, théories sur papier ne datent pas d'hier. Rousseau nous disait que la bonté humaine était pervertie par la propriété tandis que Voltaire, notre libre-penseur favori accumulait une fortune immense et poussait aux feux de la Révolution. Les banquiers suisses l'enterrèrent grâce au petit caporal et il fallut plus de cent ans pour que la République accorde des congés payés à la classe ouvrière. En 1850, quand on tirait à coups de canon sur les canuts, la vie n'était pas drôle.

En ces temps-là les gens étaient polis forcément, actuellement il n'y a plus de respect, tous avec leurs téléphones portables qui leur donnent l'air supérieur de quoi je vous le demande, des guignols "Mais Madame, j'ai bien le droit" qui se croient endimanchés parce qu'ils portent la dernière marque à la mode, dans ces tenues qui n'auraient jamais dû quitter les terrains de sport où la violence s'arrête en jouant les matchs de foot à huis-clos. Contraste saisissant des époques. Querelle des anciens et des modernes. L'ignorance populaire était aussi forte maintenant qu'autrefois. Il a fallu rendre l'école obligatoire et interdire le travail des enfants pour que ce ne soit pas seulement quelques privilégiés qui aient accès au savoir. En cent ans, on a construit des écoles pour tous en mettant au cœur de nos espoirs l'éducation. Il n'en ressort que le cri déchirant des professeurs qui doivent croire que Jules Ferry se retournerait dans sa tombe s'il voyait qu'après tout ce temps de bons et loyaux efforts des "curés" de la République, le Peuple a un niveau de connaissance moyen déplorable. D'où vient, dès lors, l'idée que, naguère, "les gens étaient moins bêtes" ? Ils lisaient plus les journaux ? Il craignaient plus l'instituteur ? Les parents avaient plus de bon sens ? Quand l'Education Nationale réfléchit au fait que dans les premières années, l'enfant n'est plus guidé, qu'il n'accepte pas qu'on lui dise non, ruinant les efforts pédagogiques, c'est l'autorité remplacée par la liberté d'appréciation : comme il n'est plus question de punition, doit-on se contenter de notifier aux parents devenus "partenaires éducatifs" ?

Il est insuffisant de distribuer plus de moyens pour que la situation évolue favorablement. On verse comme dans le tonneau des Danaïdes l'argent du Service Public sans demander en retour au citoyen de respecter la Chose Commune. Dégradations des transports, du mobilier urbain, violences scolaires achèvent de rendre la société détestable. Il serait heureux d'inverser le sens de ce recul dans lequel l’avenir des jeunes semble désidéalisé. Il faut néanmoins leur faire confiance parce que si leur intelligence est endormie, leur instinct est intact. Sans doute la génération des baby-boomers qui a tant rêvé d'une société plus juste les a trop protégés et ils ne peuvent se contenter d'un discours électoral du type "pour accompagner les PME, soutenir les agriculteurs, mais aussi bien sûr pour développer les logements, l’accès à la santé, les transports et protéger l’environnement" qui est un copié-collé xyloglosse. Droguée par le temps qui passe sans que la catastrophe la touche autrement que par l'intermédiaire d'un écran de télévision où elle achève son endormissement, la génération post-68 s'adonne à un aquoibonnisme dangereux dans lequel la lutte syndicale ou politique ne l'intéresse guère. On ne peut tout de même pas, comme on mettrait le nez du chien dans son caca, la plaindre comme Cosette ou Gervaise. Un peu comme ces gosses de riches qui "bouffent l'héritage", les petits Poulbots imposeront le partage à leur manière. Pourquoi voudrait-on qu'ils bossent aussi dur que leurs parents qui leur ont tout donnés ?

mercredi 22 avril 2009

Vivre sans drogue

Dans le roman de Truman Capote, "De sang froid", un des premiers personnages que nous décrit l'auteur est un fermier isolé réfractaire à toute absorption de ce qui pourrait l'exciter ou le calmer. Même le café ne trouve pas grâce à ses yeux. C'est déjà trop. Buvant un verre de lait le matin, il ne comprend pas pourquoi il faudrait qu'il sacrifie à ce qu'il considère comme un premier pas vers l'enfer, la caféine. Cela ne l'empêchera pas de mourir brutalement, démontrant qu'il n'est pas nécessaire ni suffisant de boire du café pour décéder de manière violente.

Le désir nait avec notre premier jour : confondu avec le besoin, le lait nous comble d'aise et il faut nous voir, gazouillant et rotant, bavant sur l'épaule de notre approvisionneur, pour comprendre ce que c'est d'être au pays des anges. Comme tout est univoque à ce moment, loin de toute perversion. Cela ne va durer qu'un temps, notre toxicomanie lactée doit prendre fin, et la tétine, qu'elle soit de latex ou bien charnelle sera abandonnée. Un premier sevrage dans l'existence. Déjà des premiers traitements pour atténuer la peine que cause cette privation peuvent être mis en place. Prolongement de l'allaitement ou mise en place du premier traitement substitutif, la tototte. Très élégant dispositif qui donne l'air d'avoir un bouchon au goulot de nos enfants, à en voir mâchouiller cet ustensile jusqu'à parfois l'âge de 5 ans.

La nourriture ne devrait pas être une plaisanterie. Est-ce que vous rigolez avec votre chien que vous alimentez des mêmes croquettes toute sa vie. Le vétérinaire vous le dira : toujours la même nourriture, c'est le début d'une bonne santé pour votre animal. A nous l'art culinaire et ses variantes mondialisées comme le reste. Comme les restes, devrais-je écrire car nos poubelles font la joie des junk-fooders, témoignant ainsi de l'abondance dont dispose ceux qui ne sont pas obligés d'aller au restau du cœur. Chacun a des gouts bien particuliers, sans doute plus innés qu'acquis et nous substituons insidieusement le besoin au plaisir. La diversité des plats serait une façon de classer les individus : fous de viande ou de poisson, détestant les œufs ou adorant les fruits de mer, fructivores et légumassiers, adorateurs de patates ou ingurgiteurs de pâtes, qui ne vous dira qu'il est plutôt salé que sucré ?

Le chocolatomane libère ses instincts en période de Pâques et entre les œufs, les cloches, les poules, les lapins et tout autre architecture que certains pâtissiers fabriquent, emportés par un délire dans lequel ils perdent tout contrôle raisonnable, le chocolat est entré dans les mœurs comme le thé ou le café. Médicalement, la surconsommation de sucreries n'est pas recommandée, elle mène à la carie dentaire, au surpoids, à l'obésité, aux troubles articulaires, à la sédentarité, au diabète, pour ne citer que les conséquences les plus directes. La simple consommation induit surtout un premier réflexe comportemental "consommation-plaisir" et quand l'enfant passe dépenser sa menue monnaie chez son "dealer, une relation argent-plaisir est née. En dehors de toute barrière, l'enfant commence son émancipation. L'histoire de la démocratisation du sucre ressemble à tous les autres processus industriels. Produit élitiste au départ, les capitaines d'industries ont permis à tout un chacun de ressentir "l'émotion sucrée" , jusqu'à nous en faire avaler en excès. Dans notre brave nouveau monde, comme beaucoup d'autres déviations perverses et insidieuses, de bonnes intentions ont accoutumé les gens à être satisfaits de l'absorption d'un produit inutile et dangereux. Il y allait de pans entiers de l'industrie agro-alimentaire et encore de nos jours, de l'emploi de millions de travailleurs prêts à séquestrer leur patron si le chiffre d'affaires en baisse menaçait leur boulot. La Santé Publique s'incline toujours face à la Raison d'Etat.

Imaginons le premier homme assez intrépide pour aspirer une braise plutôt que de souffler dessus. Imaginons qu'il ait trouvé des feuilles qui, roulées entre elles tiennent bien la braise : c'est ce que découvre Colomb en 1492 et ces feuilles roulées entre elles, les Native-Americans l'appellent "tobaco". Apparemment, ils ne s'en servent pas pour entretenir le feu. Non, paré de vertus médicinales voire chamaniques, le tabac est une plante sacrée et curative, servant à communiquer avec les esprits et à soulager les douleurs. D'année en année, de siècle en siècle, jusqu'à nos jours, pas besoin d'être cultivé (comme un plant de tabac) pour savoir qu'il est devenu un produit de consommation courante. Chiqué ou prisé, il s'est répandu innocemment et petit à petit, l'homme, cet imbécile qui se croit intelligent, a préféré la pipe et ses volutes de fumée bleue qui vous donnent l'attitude docte d'un lettré raffiné. Il est établi que la nicotine est un stimulant intellectuel. Réjouissons-nous donc de tout ce qu'elle a permis de découvertes, quand au cours de nuits blanches, il a été le compagnon de chercheurs opiniâtres. "Avant de répondre à une question, on devrait toujours s’allumer une pipe. Je suis convaincu que fumer la pipe aide à porter un jugement plutôt serein et objectif sur les affaires humaines. Albert Einstein".

Le pire vient de la guerre et de la misère qu'elle entraine. Obligé de "recycler" les vieux mégots de cigare, voilà qu'un idiot fait un tube d'une feuille de papier (je préfère la version siège de Sébastopol / 1854) et la cigarette est née. Dorénavant, on ne fumera pas que du tabac mais aussi du papier. L'avantage d'une cigarette est flagrant : inhalation plus rapide, temps d'utilisation plus court, la cigarette est le moyen de se donner une dose de nicotine plus forte, elle est l'intra-veineuse par rapport à la pipe ou au cigare. Comme le sucre, la démocratisation de la consommation a abouti à une situation ubuesque dans laquelle le consommateur qui croit maitriser son accoutumance subit l'induction de cet horrible vice à travers l'idée fausse du droit que chaque individu a de s'intoxiquer avec une drogue légale : pour combien de temps encore ?

La description des modificateurs de la raison (Alcool et autres hallucinogènes) n'a pas trop lieu d'être ici extensive. Chacun peut se référer aux milliards de pages que l'on peut trouver sur le web. L'habitude d'utiliser tel ou tel produit connait le même mécanisme que celui décrit dans la boucle : besoin-désir-satisfaction <=> répétition. C'est juste une question de chimie (dopamine). La volonté recommandée pour retrouver le "droit chemin" est annihilée. C'est pourquoi certains ne commencent jamais, effrayés qu'ils sont de perdre le contrôle. La curiosité ou la bravade entraine les plus imprudents, soit qu'ils pensent pouvoir dominer le phénomène, soit qu'ils aient perdu l'envie de contrôler, jugeant que les états seconds leur conviennent mieux.

Tout le mal que la rupture sociale liée à l'utilisation des substances psychotropes précipite est à la fois combattu férocement par des militaires partis comme en guerre et toléré par une société dans laquelle chacun sait qu'on peut trouver ce qu'on veut, à condition d'y mettre le prix et /ou de bien connaitre les revendeurs. Quand Jean Cocteau nous décrit les merveilleuses sensations que procure l'opium, combien de junkies meurent dans des conditions sanitaires déplorables. N'allez pas chercher à Bogota, à New-York, à Casablanca ou à Kaboul, comme le sucre ou le tabac, la démocratisation a fait son œuvre. Jetez un coup d'œil dans votre quartier, ça suffira. Alors, vaut-il mieux mettre un alcoolique récidivant en prison pour qu'il se suicide où le laisser reprendre le volant pour qu'il tue votre mari qui rentrait gentiment chez lui ? Ce fait divers récent est tout à l'image de l'ambigüité de notre société du "pas-vu-pas-pris" car des personnes qui ne maitrisent pas leur volant, vous en avez des centaines, voire des milliers en circulation. On fait ce qu'on peut et surtout avec la morale qui stérilise sans limite le lent et douloureux parcours de l'homme. Après tout, quand vient l'heure de rentrer chez soi, on aime bien être tranquille et laisser la police faire régner l'ordre. Celui qui a franchi les limites peut tout à fait être une charmante personne ou un être très malheureux, une brute épaisse, un pervers polymorphe. Nous n'avons aucun moyen de faire la différence, alors tout est caricaturé et l'opprobre tombe dès l'instant où l'on est consommateur. Heu, comme disais le grand maitre à penser, pétomane devant l'éternel, sauf le pinard, c'est pas interdit : un peu quand même, Coluche, avec modération, tu vois, enfin, tu aurais pu voir, Michel et les gens qui bouffent à ton resto, ils s'en foutent que t'étais tellement mal que tu te défonçais pour tenir l'image qu'on t'avais collé. La drogue, c'est un monde sans cadeau.


Le rapport de la télévision à la drogue est le mensonge équivalent de l'élévation de l'esprit supposé avant utilisation. Après consommation, vous êtes modifié, pris au jeu de la répétition. Peut-on mettre au même rang d'accoutumance les émissions de jeux de type "Roue de la Fortune", "Koh Lanta, " Fort Boyard" , "La boite", "les Z-amours", "Intervilles", "le juste prix", "Greg millionaire". les "Pop-Stars-Academies-Loft-Story" ou le talent relève du pur hasard et les drogues proprement (salement) dites ? La drogue douce de la ménagère de moins de cinquante ans "comme ils disent" a le pouvoir d'anesthésier la curiosité naturelle. Ce serait vrai, me-direz-vous si ce trait de caractère intéressait les nouvelles générations. Par notre faute, sans doute, nous les avons gâtes au point de leur ôter l'envie de se battre pour exister, ce qui donne du prix à la vie. L'enfant couvert de cadeaux à Noël , ne sait plus avec lequel jouer tellement il en a accumulé à la fin de la tournée des Pères-Noêls papas-mamans, papis-mamies, tontons-tatas, tous autour de la merveille qui représente le futur de la famille. Oncle Paul ne prétend pas avoir été exemplaire sur le sujet. Du bonbon au whisky, du dessin animé au LSD, y-a-t-il une route que nous avons tracée sans savoir ? Le jeu devenu une exigence permanente rappelle le "Panem et Circenses" de la décadence romaine. Souvent, nous disons que notre époque est finissante et l'on peut en observer tous les jours des signes patents. N'oublions pas qu'une grande part de ce sentiment est induite par les écrans de télévisions qui ont envahis notre quotidien.

Quand une mère de famille m'a demandé " comment ne pas devenir dépressif dans un univers si sombre ? Comment donner de l'espoir à nos enfants ? Comment préserver la petite dernière de suivre l'exemple de ses frères et soeurs dans les consommations de tabac , alcool ou pire ?" je lui ai fait cette réponse : " On passe tous par l'envie de faire sauter le couvercle : on a tous envie d'aller du coté sauvage : le seul moyen d'en sortir c'est de jamais oublier qu'on a pas forcément raison en transgressant. j'ai coutume de dire que la drogue est un problème de société et un problème individuel. La société doit gérer les comportements anormaux induits par l'utilisation des stupéfiants. C'est la plupart du temps, l'interdiction qui prévaut et qui résume la politique générale. L'individu qui a "tenté sa chance" au pays des merveilleux paradis artificiels devrait pouvoir relativiser son acte en maintenant dans son esprit l'idée très claire que ça n'intéresse que lui. L'aspect convivial des extases communes n'est qu'un miroir aux alouettes où les plus vulnérables se laissent prendre. Comment protéger la petite dernière ? En développant son intelligence ? "

samedi 28 mars 2009

L'Honneur des Pinzutis

Si ce n'est pas le berger, alors, qui est-ce ?

La petite bande qui ne nie pas sa participation au meurtre et qui a dénoncé, rompant la tradition de l'omerta, Yvan Colonna comme l'agent éxécutif de leur funeste entreprise avant de se rétracter, prétendant que ces aveux ont été arrachés sous l'influence de policiers avides d'entendre ce qu'ils voulaient, réunis à présent en syndicat de la Vérité dans cette affaire, au premier rang desquels on trouve ces magnifiques avocats qui ont beau jeu de dénoncer un procès pour le moins cahotique, drapés dans leurs toges dont l'autorité s'oppose à un niveau qu'ils savaient ne pas pouvoir atteindre, celui de la décision des jurés professionnels qui ont donc décidé de confirmer en appel la culpabilité de Colonne.

Vient la grande famille corse, , elle aussi, comme des figures de proue fières d'affronter les embruns à la proue du navire invincible de la corsitude, parents, cousins, syndicalistes, militants, ils renchérissent à qui mieux mieux sur le thème de l'injustice continentale. Procès joué d'avance, pressions politiques, arrogance de la magistrature pour conclure, après l'énoncé du verdict : " c'est une vendetta de l'état français".

On comprend mieux, c'était le nième épisode de la guerre entre gendarmes et voleurs qu'en Corse, on appelle lutte pour l'indépendance. Est-ce que cette guerre a servi à préserver la nature, c'est ce qu'on nous fait croire, en vantant l'absence de marinas et autres complexes touristiques. Sauf que dans ces conditions, il faut sans cesse renflouer l'économie. Dame, si tu fais pas d'affaires, t'as pas de rentrée d'argent donc il faut bien le prendre là où il est. Merci les pinzutis.

Il n'y a pas de moralité dans cet assassinat. Les avocats de Colonne vont pouvoir se pourvoir en cassation et même aller devant la cour européenne. Le préfet Erignac n'a pas eu de sursis, quant à lui, en recevant les balles mortelles. Si l'honneur corse n'était pas un vain mot, celui qui a pressé la détente, au lieu d'accuser la France de forfanture ferait mieux de se dénoncer. Dire : "C'est moi, ce n'est pas Colonne, vous poursuivez un innocent".

Mais non, il reste muet pour deux raisons : La principale est la "martyrisation" du prévenu , utile pour la poursuite du combat politique et la deuxième c'est qu'en fait, il n'y a pas d'autre personne que Colonna pour avoir perpétré ce crime.

jeudi 27 novembre 2008

Paul, Reviens !

Paul était exténué. Recroquevillé sur un lit de camp installé au fond de la bicoque où il avait trouvé à loger, comme groggy, il sommeillait. Son corps fébrile et douloureux lui envoyait de calamiteux messages. A quel point un organisme peut supporter l'effort, la faim, le repos déprimant dans une cellule de forçat, où rien n'a de couleur, variations brunes et noires d'une crasse poussiéreuse accumulée ? On ne peut pas tout quitter sans tout perdre, c'est la règle. Il avait bu le sel de la terre et à présent, l'eau pure lui manquait. Son regard inexpressif n'avait rien d'intéressant à regarder dans cette maison misérable.

Enfermé dans sa tête, les pensées s'étaient vidées des souvenirs heureux qui sont la vie des gens. Ces gens, ils ne les voyait plus, aucun n'avait plus de valeur qu'un autre, il ne cherchait plus à construire idiotement une relation confiante tant il avait eu à souffrir d'une parole donnée inutilement. La question de l'utilité n'était plus posée. Toute responsabilité détruite, Paul avait trouvé la liberté comme un rat s'arrange de ce que l'homme lui laisse sans aucune convenance.

Dormir quelques heures, presque un luxe, un loisir d'innocent. Dans le grand township de la zone, il n'y a pas d'autre loi que de fondre son corps dans une mécanique indifférente. Impitoyable et cruel, ressemblant à un jeu où l'on doit cacher ses cartes en permanence, rendant les visages fatigués, les yeux creusés et le sourire absent, le contact ne s'établissait qu'avec la nécessité méfiante quand on se trouve dans la recherche de l'indispensable accord minimal, qui épargne, autant que ce soit possible, l'usage de la violence.

Sans nouvelles de Paul depuis des semaines, elle se désespérait du temps qui passait. Quoi de plus naturel que d'attendre dans une souffrance patiente le retour de Tristan, quoi de plus tragique que de voir une voile noire alors qu'elle eût due être blanche ? Toujours l'idée du pire qui nous assaille, c'est sans doute pour conjurer à force d'exhortations semblables les erreurs du sort. Dans ces histoires minuscules se détache la structure véritable car tout se réduit à un principe, qu'on en ait ou non.

Sortant de sa torpeur, paresse congénitale et grand but de l'homme, Paul se résolut à écrire. Il prit une vieille feuille de papier et le dernier crayon qui restait et griffonna : "il y a une chose indéniable dans les informations qu'on croit fondamentales; le sort des uns ne dépend pas forcément du sort des autres et quand une pièce maitresse manque au compte des années, il faudrait pouvoir revenir en arrière et satisfaire aux quatre volontés des enfants qui n'ont pas eu de cesse que de vouloir toujours plus que ce qu'il croient qu'on a jamais eu en tout cas, c'est le destin apparent des situations disparates quand on essaie de disparaitre car il ne reste plus rien à faire ou à dire qu'on ait jamais essayé d'obtenir"...

vendredi 25 avril 2008

Paul Lombard s'échappe

Il faisait tard, il faisait nuit. La pluie tombait doucement sur les pavés luisants des ruelles sombres, faiblement éclairées par de rares réverbères qui diffusaient un halo blafard que l'humidité brouillardeuse achevait de diminuer. Paul Lombard en avait assez de sa vieille gabardine. Il fallait qu'il en change au plus vite. Cela pourrait attendre encore un peu mais c'était au programme. Il avait pris en début de journée la décision la plus importante de sa vie. Ça n'avait pas été facile, même si la théorie était en place depuis des années, ce qui a eu l'intérêt d'éviter une tergiversation de dernière minute. Non, il ne reviendrait pas en arrière. Ses pas s'éloignaient inexorablement des souvenirs dangereux pour sa résolution. Il se connaissait si bien qu'il avait fallu mettre des points de non-retour dans sa décision. Avant tout, ne jamais recroiser un chemin connu. Sans s'en douter, ses chaussures auraient peut-être pris la direction du bercail et il était clair dans ses pensées que cette possibilité devait être combattue à tout prix, ne laissant pas une chance au hasard de faire échouer son projet. Projet sans but mais justement, c'est celui qu'il recherchait. Il en avait tellement atteint des buts, tellement satisfait des envies et des besoins, tellement rendu aux autres ce qui avait été donné. Sans vouloir faire de lui un exemple, il faut dire que, depuis des années, il s'était montré un opiniâtre considérable, ne manquant jamais à ses devoirs familiaux ou professionnels. On se demandait même comment il réussissait à tout faire, vu qu'il se consacrait également à d'autres activités. Les courtes-vues ne peuvent pas apprécier la perspective d'une construction complexe car ils réduisent leurs conclusions à l'aspect de la façade. La gare au coin de la rue, encore quelques pas, la voici, dans sa vieille architecture du début du vingtième siècle, monument de brique, de ferraille et de verre, dont les portes largement ouvertes laissent passer le flot des voyageurs. Le but est à portée de pied, être un anonyme de plus, un passant sans importance, une silhouette imperceptible à qui on ne demande jamais rien, même pas un renseignement. Quel quai, quelle importance ? Un billet sans âme à un distributeur électronique lui donna le sentiment d'avoir enfin franchi la dernière étape mais c'est au moment de s'asseoir dans le compartiment et qu'il regarda à travers la vitre qu'il se sentit l'acceptation intime de sa pensée car il poussa un énorme soupir dont tout le monde profita. Le train roulait maintenant à vive allure. Les paysages défilaient comme dans un film vu trop souvent. Dans la nuit, les maisons isolées, lumignons au bout de petites routes qui suivent la voie ferrée, éclairaient chichement la campagne. Endormie, elle se souciait peu du voyageur et de son impression rétinienne. Paul avait enfin ôté sa gabardine. Repliée dans le sac de voyage disposé dans l'étagère au dessus de sa tête, il s'en occuperait plus tard. Le compartiment vide permettait à sa rêverie de se prolonger. Il s'était mis le plus à l'aise possible dans l'espace assis qu'il avait réquisitionné près de la fenêtre. "J'aurais tout le temps de prendre des décisions", se disait-il. Il n'était pas question d'obligations dans un voyage sans but. Pour l'instant, l'ordre du jour était "Direction Sud"et d'une façon inconsciente, l'esprit en accord avec le corps qui avait tacitement indiqué de fuir en direction de la chaleur, dans un pays où il suffit de sandales pour se chausser, d'un peu de tissu pour être décent et où il n'est pas nécessaire de réfléchir à l'hiver, dans l'espoir de rejoindre un endroit réservé à quelque initié, ses souvenirs aboutissaient à la conclusion qu'il vaut mieux éviter de porter sempiternellement le poids de la lutte ancestrale contre les frimas. Insaisissable réminiscence d'un bonheur à revivre sans les complications accumulées par les intrications de plus en plus contradictoires d'un quotidien enchainant les devoirs. Affreusement, chaque ville offrait sa banlieue faite de préfabriqués clinquants aux enseignes grotesques dévorant les vieux pavillons ou les terres maraichères. Est-ce que c'est beau une ville la nuit ? Simulacre de nature morte dont l'esthète peut s'émerveiller tandis que notre voyageur n'y voyait qu'histoires sans fins de milliers de personnes essayant de survivre au milieu d'une société qui n'était plus faite pour lui tant il avait essayé de la vivre de l'intérieur et n'en avait retiré que doutes et joies passagères. Il ne regrettait rien de ces belles années où les illusions qu'il s'était construit permirent à sa jeunesse de s'épanouir, de faire comme tout le monde, mieux que tout le monde et sans être le cousin du roi, il aurait pu manger à sa table, si, toutefois, il fût invité. Que lui importait, à présent, les couverts en argent et les verres en cristal, ainsi que la porcelaine de Limoges à bords dorés. Autant il avait voulu de ces souvenirs patiemment accumulés par une famille économe, autant il était étonné de réaliser à quel point tout cela lui semblait si futile. Brisé dans son éducation par la vanité ostentatoire qui semble une force invincible et en bon général qui sonne la retraite dans une bataille perdue, la seule solution envisageable est la fuite. Il ne s'arrêterait pas avant la frontière de l'Ouest, c'était une des rares résolutions auxquelles il tenait. Qu'est-ce qu'on peut bien penser dans un train en marche, assis dans un compartiment vide, sans idée sur la destination ? Repasser en boucle les souvenirs dont l'énumération suffira à faire une histoire alors qu'on est parti pour les oublier n'est pas logique. Mais est-ce que Paul devait rester logique ? N'a-t-il pas son entière liberté de mouvement, comme un dessin qu'on animerait ? Fichez-moi la paix, je pars, je suis en route, je ne sais pas à quelle gare je vais m'arrêter et cela ne regarde personne, pensa-t-il. Je ne suis pas un salaud, je n'abandonne pas ceux qui vivaient avec moi puisque je ne suis qu'un être imaginaire et si j'ai envie de conter cette histoire à la première personne, qui dira le contraire ? Il y a tellement de façons de faire dans une narration. En attendant, laissez-moi me recroqueviller contre la paroi du compartiment à regarder les étendues nocturnes et sommeilleuses. Les kilomètres peuvent défiler en prenant le temps qu'ils veulent. La chose la plus importante est enfin palpable. Retrouver cette époque où on se demandait quoi faire. Décider d'aller au cinéma où faire une partie de cartes comme cruel dilemme. C'est mal connaitre Paul Lombard. Sa vie ne tient plus qu'à un fil et il le sait. Tant pis pour la famille et pour tous ses amis. Impensable pour ses admiratrices. Paul veut redistribuer les cartes et relancer la partie. C'est l'attitude lâche d'un joueur qui veut se refaire. Toutes ses pensées roulaient dans sa tête et il y a avait toujours le poids de l'idée qu'il aurait un prix à payer. Le pays de la liberté était encore loin, les attaches faisaient autant de marques sur ses poignets et ses chevilles portaient les cicatrices des fers aux pieds. Apparemment tranquille à regarder l'horizon sa boite crânienne abritait l'orage prévisible que déclenche le stress qui l'avait poussé à fuir. Il n'y a pas d'autre mot pour cette escapade. La différence entre le fantasme et le passage à l'acte prenait l'allure d'une torture. Il n'aurait rien pu expliquer sauf à dire qu'on a le droit de démissionner.

La porte du compartiment s'ouvrit sur un homme à la casquette avachie qui devait être le contrôleur et qui, effectivement lui demanda son titre de transport. Paul lui tendit son billet composté et demanda s'il y avait un arrêt avant la frontière. Le cheminot répondit que la frontière avait été franchie depuis qu'il était monté dans le train et lui rendit son ticket qu'il gratifia d'un sourire énigmatique. Décidant brusquement de faire les pieds au mur, il se renversa entre les deux banquettes et ses chaussures firent un bruit sec quand elles rencontrèrent la vitre. N'ayant pas pratiqué l'exercice depuis le lycée et n'en ayant jamais été un spécialiste, sa joie de retrouver la tête en bas n'en fut que plus agréable. Moins spectaculaire fut le rétablissement qui ressembla à une tige qui s'écrase et qui le transforma en petit tas informe dont on ne reconnaissait pas le bras d'une jambe. C'est ainsi qu'il passa quelques minutes à rire de lui-même et de ses illusions.

Paul descendit à la prochaine station. Comme le Professeur Tournesol, sa direction n'avait pas dévié de l'Ouest. Attiré par les derniers rayons du Soleil Couchant, comme un ami qu'on quitte parce qu'on a mieux à faire , la locomotive poursuivit son chemin de fer. Le quai était désert à l'heure tardive qu'indiquait la grande horloge de la gare. Un taxi solitaire michetonnait encore et il se laissa embarquer pour le centre-ville. Est-ce le début, se demanda-t-il, ou la fin ? Ratatiné au fond du bahut Paul ruminait ses pensées culpabilisantes jusqu'à ce qu'une enseigne lumineuse l'invite à arrêter la voiture. Son sac de voyage sur l'épaule, il pénétra dans l'auberge. Un porche sombre menait à l'accueil où somnolait un modèle de petit bonhomme dévoué qui s'enquérit de ses désirs.

Bar-chambre-casse-croûte ? No problemo, sir. Paul se rendit directement au bar et fut satisfait de contempler la longueur du zinc où de confortables tabourets hauts permettaient aux solitaires d'éviter d'avoir l'air seul à une table. Seul, accoudé au bar, il pita quelques apéritifs et vit venir avec plaisir le grand verre de bière blonde et moussante. Les conversations des clients faisaient un brou-ha-ha qui acheva de le faire disparaitre dans le décor. Avec la difficulté d'un bègue à articuler, il sirota lentement sa première bouffée de liberté. Observant, le regard perdu dans le vague, le spectacle enivrant des autochtones qui semblaient vouloir convaincre leurs interlocuteurs de sujets importants, apparut sur son visage le sourire énigmatique du contrôleur. Au barman qui lui demandait ce qui l'avait amené en ces lieux, il répondit qu'il était venu pour la foire. Les affiches de la gare l'avaient renseigné sur l'évènement commercial tant attendu et qui présentait tout ce dont a besoin pour sa maison, jusqu'à ces fauteuils de massage animés par plus de trente moteurs électriques, sans oublier le balai qui vous fait oublier la wassingue. Largement de quoi raconter une histoire à son voisin de bar qui venait de s'appuyer sur le rade, visiblement en mal de conversation. Mais vous aussi, vous êtes là pour la foire, demanda-t-il à la charmante brune qui s'était assise en se redressant sur le tabouret ? Paul, je m'appelle Paul, dit-il en lui proposant une cigarette. Ici, aussi, il est interdit de fumer ? Allons dehors, s'il le faut mais pas tout de suite, non, je suis de passage, oh, la foire, oui d'accord, si vous voulez mais vous ne devriez pas vous inquiéter, vous semblez avoir la vie devant vous, oui les temps sont durs mais il faut se battre car la concurrence existe et mon patron n'est pas commode, vous savez … je sais, je sais, j'ai tout quitté et je peux lui raconter que je cherche des câbles en nylon pour une expédition sous-marine ou des roulements à bille pour un moteur à eau, elle a juste envie d'entendre une voix sympathique. Whisky ? Le dernier alors.

"Mais, chère Carla, la liberté de s'obtient pas, elle se gagne. C'est une chose intérieure qu'on ne peut ressentir qu'avec un certain état d'esprit". Quelques cigarettes plus tard, déambulant dans le quartier qui s'anime la nuit, il avait eu le temps d'apprécier la conversation de la jeune femme. Comme un fruit inconnu qu'on cueille d'une branche d'un arbre qui dépasse sa clôture, elle avait la saveur exotique d'un agrume rafraichissant. Sans autre intention que de partager quelques moments de solitude et de ressembler plutôt à un couple qu'à une silhouette suspecte, il s'était laissé aller à poursuivre la visite de la city-by-night en sa compagnie. Ayant remisé son sac dans sa chambre, il l'avait rejoint devant le porche et dans un amical bras-dessus-bras-dessous elle l'avait guidé là où la nuit refuse de céder un pouce à l'affreuse journée des travailleurs modèles. "La nuit n'appartient à personne sauf à ceux qui ne dorment pas". Ce truisme n'ébranla guère Paul qui répondit une autre évidence, tant il ne s'agit pas de briller en conversation quand on n'a aucune raison de contrarier son interlocuteur. "Et en plus, ceux qui veillent tard n'en ont que faire du jour". Dans la salle enfiévrée de musique et de danse, ils se trouvèrent un coin tranquille, banquette en demi-cercle pas trop près de la sono. Champagne ? Que peut vouloir une femme à cette heure de la nuit ? Elles ne rêvent plus de trouver la perle pour se marier. Elles ont cru qu'en exigeant l'amour pour leur union, leur choix seraient le bon. Voilà que le mariage se brise une ou deux fois sur trois. Sauf quelques survivantes de l'église des fidèles qui croient au grand amour issu d'un coup de foudre, elles ne voient dans ce qu'elles appellent "les mecs" que des coups à tirer et méprisent généralement cette race obligée pour la reproduction. "La biologie travaille au fond du ventre, c'est ce qui nous sauvera", pensa Paul, in petto, heureux de pouvoir faire tinter sa coupe en souhaitant tout le bonheur du monde. Qui peut croire tenir le monde dans sa main est un fou et pour le dire il s'exprima ainsi : "Vous ne pensez pas que le hasard fait bien les choses"? -- "Est-ce que je crois au bonheur?", répliqua-t-elle, accompagnant sa phrase d'un rire cristallin qu'elle déploya en découvrant sa gorge. "Je suis une fille de nulle-part et je n'ai pas d'intention préméditée, si c'est ce que vous croyez." -- "Moi, j'ai pris la liberté comme on prend la poudre d'escampette." Comme un joueur pathologique qui se fait inscrire sur la liste des Interdits d'entrer dans un casino, sauf pour y boire un verre en solitaire, il avait posé une barrière sur laquelle un grand écriteau affirmait : POINT DE NON-RETOUR. Des souvenirs, Paul inventa une histoire à plaire, chercheur de trésors dans la Sierra Madre de l'âme tenu à une existence rigoureuse de Monsieur-tout-le-monde. Excitant l'imagination de la femme quand elle pense avoir trouvé l'exception qui confirme la règle, il masqua habilement l'indifférence qu'il éprouvait à être, pour un instant, l'intérêt central de son alter ego en solitude nocturne. Non pas que cette rencontre fut insipide à ses yeux de fuyard ou qu'il voulut limiter à des conversations sans importance les moments agréables qui s'écoulèrent en sa compagnie mais par respect pour un âme crédule qu'il tint à protéger des menteurs, il ne lui fit pas croire plus que deviner qu'il pouvait être aussi bien dans cette catégorie. Vautré au fond de la banquette, il sirotait ce premier instant de liberté.

Le soleil entrait finement par des rais parallèles et la lumière s'empoudrait de la poussière flottant dans l'air vicié de la chambre. Une vibration ronronnait depuis l'extérieur. Paul ouvrit un œil. A une heure aussi tardive pour son réveil correspondait un ralentissement de ses pensées et une bouche pâteuse. Il faudra y songer un peu plus tard, à moins maltraiter le métabolisme, dans la vie qui reste, pensa-t-il avec l'arrière pensée de ne jamais rien en faire, sauf à être nourri par une infirmière. La tête enfoncée dans l'oreiller fit demi-tour avec le reste du corps et il attendit sagement qu'une cohérence minimale commande la suite des évènements. Avait-il fêté dans une ivresse avancée son premier pas vers l'inconnue ou bien était-il sagement monté se coucher avec une dose massive de somnifères ? "Il faudra le savoir avant que de l'écrire et je n'en dirai rien qui ne puisse me nuire". Deux petits alexandrins pour démarrer la journée, Il en remercia Calliope.

Pronto, oui, petit déjeuner dans la chambre esto possible, much dank, café noir, jus d'orange, tartines grillées beurre confiture, laitage, ok pour des croissants mais pas de chocolatine. Qu'à la lumière qui entra dans la pièce quand le service d'étage vint porter le petit-déjeuner et ouvrit les volets, il ne fit pas autant de démonstration qu'aux calories qui s'offraient sur le plateau, se protégeant des rayons les plus agressifs qui perçaient la rétine en se décalant au bord du lit, n'était pas pour l'astre naissant une offense ni un crime de lèse-majesté. Il faut des forces pour regarder le soleil en face. L'énergie fila depuis l'estomac jusqu'aux artères et ses muscles purent dérouiller les articulations endormies. Sortant du sac de voyage une paire de chaussures de sports toute neuve, le genre qu'on appelle maintenant "runners", sous-ensemble des "sneakers", descendant des lointaines "tennis" dont une marque célèbre encore leur apparition quand elles devinrent de simples "baskets" mais qui ne conviennent en rien à la course à pied, dénommée "jogging" parce que pour avoir l'air d'un idiot qui n'a rien d'autre à faire que de courir seul dans des coins perdus jusqu'à l'épuisement, dégoulinant de transpiration, en baptisant cette activité d'un mot qui fera le hit chez la fashion-victim, tout autant que chez celui qui recherche à ne pas être resté un simple coureur à pied, il n'en faut pas moins le semelle adéquate. Paul se souvint de sa résolution : au moins une heure de sport par jour. Peut-on avoir l'air plus innocent qu'habillé en sportif ? Quoi de plus naturel que le sourire rendu contre sa clé en passant devant la réception ? Se mettre à courir ? Ah oui, c'est ça le "jogging" un pied après l'autre dépassant l'allure de la marche mais pas trop sans quoi l'essoufflement ou le point de coté arrive, surtout chez le débutant. Pas forcément attaquer la foulée de la pointe du pied, laisser les bras ballants et en avant. Il parait que ça fait du bien au bout d'un quart d'heure, quand la souffrance a laissé la place à la négation de la douleur car les endorphines médullaires empêchent la raison de se rendre compte de la contrainte qu'impose l'exercice. Dans ses recherches sur la meilleure façon de courir, Paul avait découvert que pour les premières séances, il faut être détendu pendant 2 à 3 minutes, ensuite marcher pendant 2 à 3 minutes. Ces pauses soulagent les articulations et diminuent la fréquence cardiaque. A recommencer 5 fois de suite. Entraîné régulierement, on peut courir 5 / 8/ 10 minutes sans gêne. Le système cardiovasculaire et la musculature augmentent leurs performances avec un entraînement régulier. Après un mois d'effort l'amélioration de vos performances vous étonne. Pour Paul, il ne s'agissait pas d'avoir l'air d'un débutant. Partant stupidement contre toute recommandation en petite foulée soutenue, il se dépêcha de passer le premier coin de l'immeuble pour appliquer la séquence détente-marche. Curieusement, le rythme de la course laisse l'esprit vagabonder. Comme dans une méditation, les pensées traversent les zones cérébrales et s'ordonnent à fur et à mesure de leur arrivée aléatoire. Les souvenirs se rangeaient d'eux-même bien gentiment et la brûlure thoracique que ses bronches subissaient n'avait pas d'autre explication que l'appréhension maladive qu'il avait eu jusque la, comme une coquetterie suprême, de préférer les jeux de l'esprit au culte du corps.



mercredi 23 avril 2008

LE DEVOIR


" Dans l’accomplissement du devoir, comment éviter le fanatisme et le dogmatisme ? Le fil conducteur de cette réflexion amène à s’attacher plus à la définition du "devoir" qui conduirait ou non à ces deux états dogmatisme et fanatisme. Nous en dirons “un mot” quand même !

Le devoir est la pire des choses qui soit arrivées à l'homme car le devoir se différencie du besoin. Satisfaire à des exigences physiologiques pour ne pas dépérir ou tout simplement rester en bonne santé n’est pas différent d’un instinct animal. Le lion chasse pour sa viande, il en est obligé mais saura mourir de faim s’il n’y a plus rien dans une savane à la saison trop sèche. Il n’a aucun sentiment de regret, ayant vécu tout ce qu’il était possible de vivre, tandis que l’homme, qui a remisé l’instinct à un niveau inférieur, trouve dans une situation semblable une explication à l’impossibilité de construire son bonheur sans contre-partie. Pour éviter une telle situation, le prix à payer est l’accomplissement d'un devoir et l'échec est attribué à la négligence de ce devoir. Dans la société, l’homme estime avoir résolu le problème des pulsions primaires : il protège son nouveau-né plus longtemps qu’aucun autre animal, jusqu’à caricaturer son émancipation en une projection de soi-même. Anticipant les aléa de la survie, il en a tiré un principe de précaution et le jeune humain a le monde servi à tous les repas. Le devoir devient la protection de la richesse accumulée. Si le devoir c'est de vivre, alors tous les moyens sont bons. Il n’y a pas de différence entre les hommes quand ils ont le regard perdu dans l'immensité de l’espace étoilé, levant la tête par une nuit sans nuage, regardant avec l’émotion qui convient en ces circonstances, la petitesse dont ils sont faits, alors que rien n’est plus grand que leur assemblage mais insidieusement s’est créé une hiérarchie des valeurs qui subordonnent nos instincts.

Le devoir est arrivé avec la conscience de l'opportunité du choix, en cherchant à mieux préserver la richesse. La richesse, c’est le feu quand on découvre qu’en frottant deux silex, il est possible d’en obtenir tant qu’on veut. C’est le premier temple qu’on construit pour le protéger, tout en faisant un dieu. Si le devoir c'est d'obéir à des règles, alors on démultiplie, comme dans une transmission, le sens de l'existence. Vient tout naturellement le moyen d'en sortir et qui est pour certains la question philosophique ultime : le suicide. C'est une machination infernale que de naître et que d’apprendre la liberté dans des livres d’histoire. Transposition admirable et suffisante pour l’élève docile mais bien trop réducteur pour l’élève attentif. Est-ce que l’un deviendrait fanatique et l’autre finirait dogmatique ? L’esprit critique, heureusement, se nourrit de tout, même des idioties et il ne suffit pas d’être surdoué pour être intelligent. La maîtrise d’une théorie fera un spécialiste en la matière mais comme un fou qui ne saurait pas à quoi sert un bouton de porte, il ne saura jamais qu’il vient de permettre à d’autres de les ouvrir. Plutôt content d’avoir accompli “son devoir”, il ne reste plus qu’à lui fournir une retraite feutrée. Cet exemple montre un homme qui n’a pas échappé à l'idée de son devoir. Cela en fait-il un homme meilleur, ou, en posant plus exactement la question, a-t-il vécu avec l’impression d’être heureux ? Est-ce qu’on se trouve meilleur de comprendre qu’une valise a besoin d’une poignée mais que celle-ci ne peut pas ouvrir de porte ? Le problème des lois qui est posé ainsi, hiérarchisant les mérites ou les récompenses, tiendrait du dogme si les lois étaient gravés dans le marbre et elles provoqueraient le fanatisme si, au sein d'un groupe de n'importe quelle appartenance, qui impose sa propre définition et endoctrine les plus défaillants, on avait transformé l’être humain non pas en un animal, non pas en esclave mais en robot.

Faire son devoir, c’est mourir au camp d'honneur et glorifier cette sanctuarisation d'une histoire héroïque. Il est inutile de discuter du bien ou du mal dans cette question. Devoir faire ce qui est en son pouvoir n’est pas forcément le bon choix. Parfois, il faut s’abstenir. Dogmatiques, nous le sommes tous, à divers degrés. Chacun a accepté la description du monde dans lequel il a grandi et il n’est pas meilleur défenseur de la société que celui qui veut la détruire, lui accordant alors toute l’importance de son existence. On dira de lui que c’est un fanatique, soumis à une loi personnelle ou refusant de partager, celles qui, depuis que les humains se partagent les territoires, permettent à notre construction baroque de ressembler à l’allégorie normative d’un spectacle œcuménique.

On peut avoir peur aussi bien des centrales nucléaires que des araignées. "