Le Dr Aue est en période de repos, exténué des Grosse Aktion qu'il a dû mener à bien. C'est terrible, cette prose fluide qui mélange l'aspect descriptif rigoureux aux états d'âme de l'officier SS. Comment, en danger du fait d'une histoire de racolage homosexuel, on ne lui laisse pas d'autre choix que d'aller servir dans le sonderkommando dont la mission est de nettoyer les lignes arrières lors de l'avancée des troupes allemandes en URSS.
Imaginez seulement la discipline des uns face à la résignation des autres dans la réalisation minutieuse d'une extermination de masse. 30000 Juifs passés par les armes (une balle dans la tête et le coup de grâce si nécessaire) dans un ravin où ils s'alignent tête bêche puis dynamitage des parois pour l'ensevelissement . C'est totalement improductif, note Maximilien mais ce sont les ordres et un national-socialiste ne discute pas la volonté du führer. / Le héros du roman décrit son inceste avec sa sœur jumelle, sa mise en pension catholique où il subira les prêtres pédophiles et l'homosexualité dans laquelle il réfugiera son ego.
Voyez, ça n'est pas un sujet drôle. On le sait, on a même l'impression qu'on se le rabâche, on a envie de dire que d'autres ont souffert aussi et que le temps ayant passé, ils ont bien su faire à partir des survivants une nation qui est devenu tout autant guerrière et surarmée. L'Histoire, il est vrai, ne s'arrête pas mais il est difficile de comparer cette monstruosité à d'autres faits historiques. Je vois le massacre des bisons d'Amérique, éventuellement, tout en voulant aussitôt m'excuser d'opposer des animaux à des hommes et pourtant, dans ces trophées de chasse de Buffalo Bill, gloire du western, au bout du fusil se trouve la plus innocente des victimes que le bourreau exécute industriellement, pour un résultat catastrophique.
Plus de bisons dans les Grandes Prairies, y'a pas mort d'homme, pense-t-on. Les Juifs ont quand même survécu, tout le monde a souffert, se dit-on. Des exactions de ce niveau, la Terre en a connu, Indiens d'Amérique, frères des bisons, Zoulous, Aborigènes, Chinois, Tibétains, Russes, Guinéens, Cambodgiens, Rwandais, je ne sais pas tout, toujours créés par un esprit persuadé d'un raisonnement logique où se trouve sa soi-disant supériorité. Elle va jusqu'à réécrire l'Histoire, continuant son combat dans ce qu'on appelle le "Négationnisme" : pauvres gens. Salauds, oui.
Dans le fond, la lecture est le meilleur moyen de passer le temps. Dans un coin, sans rien demander de plus qu'on vous laissât tranquille, vous partez encore plus loin que dans tous ces feuilletons ou autres séries, films, documentaires ou même sur l'internet où le temps passe aussi bien, il est vrai mais dans une nécessité de technologie performante pour une bonne satisfaction. Demandez à vos enfants qui jouent en réseau. On pourrait croire qu'un livre ça n'est pas indispensable ? Et bien non, le Dr Aue, lui, il s'échappe de la débâcle berlinoise un livre dans la poche, le faisant sécher en route car il manque de se noyer en traversant un pont bombardé aux ridelles glissantes qui ne pardonnent pas l'inattention dont il fait preuve depuis sa seconde blessure qui lui ont valu trois semaines de congé qu'il passera dans la maison de son beau-frère, maison au Nord de Stettin (Szczecim) , en Poméranie, "ambiance plaines enneigées et landes désertiques", la Baltique pour horizon.
Il est revenu de Stalingrad où son zèle honnête l'avait conduit, sanctionné par son supérieur hiérarchique, passant une convalescence miraculeuse après avoir reçu une balle dans la tête qui a épargné sa mémoire et son intelligence, en glissant sur la paroi interne de la boite crânienne dans une trajectoire sagittale heureuse, du front à la tempe. Reprenant son travail essentiellement administratif, le roman raconte la dilution des responsabilités qui rend l'anarchie possible, là où "ils" voulaient de l'ordre. L'ambiance est morose, Barbarossa est un échec. Maximilien part à Paris pendant son congé de convalescent, rencontre les collabos, les rédacteurs de "Je Suis Partout", se fait snober par Brasillach en se rendant au Café de Flore. L'idée lui vient d'aller voir sa mère, à Antibes, il ne l'a pas vu depuis 9 ans, il la déteste pour avoir obtenu la reconnaissance officielle de la mort de son père, de s'être remariée.
Il devient un assassin dans un moment de folie dont il ne souviendra pas. Au petit matin , dans la petite maison provençale sans charme autre que celle d'un petit pavillon, il se réveille et découvre les cadavres : un a été tué à la hache et sa mère est étranglée. Il ne sait pas ce qui s'est passé. La balle de Stalingrad explique trop facilement les choses. Il tuera encore à trois reprises, une deuxième fois dans cette maison de Poméranie où il oublie qu'il n'est seulement qu'en congé maladie, obligeant son ami Thomas à venir le chercher, pour regagner Berlin après 17 jours de marche hallucinée, au milieu de la fuite générale, une fille est sur la terrasse, apparemment étranglée. Il laisse la maison pleine de sa merde et son foutre, succédané de l'absence de sa sœur dont il n'arrive pas à rompre l'amour qu'il s'obstine à lui porter. Evidemment, la féminité pragmatique a tiré un trait sur ces amours d'enfants : il ne peut comprendre sa sœur qu'il rencontre à Berlin avant le matricide.
Il tue encore, gratuitement un organiste qui joue trop bien du Bach et pour finir son brave ami Thomas qui vient de le sauver d'un policier qui lui coure après depuis le meurtre. C'est dans les dernières pages. C'est vraiment la fin, le bunker va être pris, Hitler va se suicider, tout le monde fout le camp de Berlin où ceux qui avaient voulu partir trop tôt pendent aux arbres. Dans le zoo aux hippopotames agonisants le policier met en joue l'assassin pour faire enfin justice car le Dr Maximilien Aue a été épargné du fait de son statut d'Obersturmfürher SS). Arrive encore Thomas , habillé en ouvrier alors qu'il est un haut gradé de la SS, ayant prévu (très doué pour vivre le mieux possible au milieu de tout ça) même des faux papiers de STO français (tout simplement liquidé) pour sa fuite. Le policier s'effondre tué par Thomas.
Thomas se penche sur sa victime pour fouiller ses poches, en sort une liasse de Reichmarks qui ne vaudront plus grand chose très vite. Dans un réflexe pavlovien, Max ramasse un barreau d'une cage et fracasse le crâne de son ami. Il ôte ses vêtements prend l'habit du travailleur. Ainsi un assassin de masse et ordinaire peut aller finir sa vie comme petit industriel dans le Nord de la France. Aucune moralité dans cette fin où le héros avait le choix du suicide.
Peut-on en vouloir à quelqu'un qui avait l'Education sentimentale de G. Flaubert dans sa poche ?
dimanche 16 mars 2008
About Shoah
Donc, cela ne peut être qu'un écran de fumée, une sarkozylade de plus pour détourner l'attention de la mauvaise situation politique et en particulier de la baisse dans les sondages. Pensez ! Confier à un enfant de CM2 la mémoire des enfants de la Shoah. Traumatisme assuré. Ne pas leur faire savoir, envelopper d'un voile pudique l'horrible vérité pour éviter les troubles psychologiques qu'on peut a priori redouter. Imaginez un enfant qui s'identifierait totalement jusqu'à se reprocher sa vie heureuse.
Ça ressemble un peu à un épouvantail, cette histoire, aussi horrible que celle du loup-garou. Pratiquement, comment seront attribués les noms des enfants juifs ? Y'en aura-t-il pour tous les enfants ? Ordre alphabétique ? Répartition aléatoire assistée par ordinateur ? Pourquoi Lui pour Moi ? Tout ça peut se résoudre et il est sans doute possible d'expliquer, dans la perspective de l'histoire de la seconde guerre mondiale, ce qui a pu se dérouler à cause de la montée de l'hitlérisme. En dehors de quelques nostalgiques du troisième reich, c'est un point commun à tout esprit moderne que de refuser d'oublier le massacre des innocents. L'argument des autres génocides est considérable. Cela contribue à affaiblir le sens de cette idée sauf cela s'intègre à l'enseignement des autres exactions commises par les légions guerrières qui ont façonné la pauvre histoire du paysan qu'on chasse de sa terre depuis la nuit des temps. Il n'y a pas d'opposition à parler du reste.
Je me demande ce que savent nos enfants de notre passé. Autant nous avons eu le temps, nés au milieu du siècle, de voir ce que la vie devait faire pour ne plus jamais voir ça, comme ils disaient en dix-huit, la der des der, comme on a revu en quarante, autant j'imagine que l'apprentissage des connaissances est un problème ardu pour tous les enseignants. Que sait un élève Français de terminale après six ans d'Anglais ? "Quite nothing and surely not enough" . Alors que sait-il de l'Histoire Contemporaine ? Pas assez de livres dans leurs cartables trop lourds ? Les envies d'exister remplacent l'ambition d'être et on ne peut les blâmer, de vouloir être encore plus libres dans un monde en paix, assurant l'avenir de tous, garanti de tous cotés. En votant, on ne dit rien d'autre, mettant le bulletin dans la meilleure promesse.
Laisser la place à l'enterrement de première classe de tout ce qui dérange et devenir cynique est impossible. Le bonheur ne se paie pas dans cette monnaie de singe. Ce qui dérange, c'est la relativisation de nos petits problèmes. Comment revendiquer notre pouvoir d'achat quand de si grandes misères ont accablés et accablent encore l'Humanité ? Explication de l'écran de fumée, peut-être mais au moins faire un effort de mémoire envers toutes nos erreurs passées pour en tirer des leçons sans mortifier dans la repentance nos consciences tranquilles reste au programme.
Et puis encore le Juif. Toujours lui. J'ai entendu Jacques Attali dire que pour les Juifs, le scandale ce n'est pas la richesse, c'est la pauvreté. C'est pas faux. Prétendre que le scandale , pour le Chrétien , c'est la richesse, c'est un peu parler à sa place. Voyez comme on peut se disputer pour si peu. Alors soulever les arrières pensées pro-sionistes du Président n'est plus qu'à une station de métro. Serait-ce le fond du problème ?
Une fois de plus, j'essaye de cacher ma gêne. Gêne de voir que l'Age d'Or d'une Humanité qui se respecte et admet ses différences est comme le Graal que n'ont jamais trouvé les Chevaliers de la Table Ronde. Si vis pacem, para bellum reste de mise. La vertu de la laïcité est d'offrir une solution acceptable à tous ceux qui ne veulent pas faire la guerre. C'est prouvé, c'est un remède sûr. L'enfant aspire à cela. Il le demande à ses parents. Il veut aussi qu'on lui dise l'Histoire sans la déformer. Malheureusement, depuis Marathon, beau massacre en vérité, ce n'est pas très beau à raconter. C'est sans doute encore plus difficile de le résumer.
Alors, qu'un Moïse Israël soit un fil rouge dans la mémoire d'un Kevin Durand et devienne un élément de propagande ne parait pas un bien grand risque. Ça va être un peut plus compliqué pour un enfant musulman dans un contexte familial pro-palestinien. Monsieur le Président, vous y avez pensé avant de faire un bel effet au diner annuel du Crif ?
Ça ressemble un peu à un épouvantail, cette histoire, aussi horrible que celle du loup-garou. Pratiquement, comment seront attribués les noms des enfants juifs ? Y'en aura-t-il pour tous les enfants ? Ordre alphabétique ? Répartition aléatoire assistée par ordinateur ? Pourquoi Lui pour Moi ? Tout ça peut se résoudre et il est sans doute possible d'expliquer, dans la perspective de l'histoire de la seconde guerre mondiale, ce qui a pu se dérouler à cause de la montée de l'hitlérisme. En dehors de quelques nostalgiques du troisième reich, c'est un point commun à tout esprit moderne que de refuser d'oublier le massacre des innocents. L'argument des autres génocides est considérable. Cela contribue à affaiblir le sens de cette idée sauf cela s'intègre à l'enseignement des autres exactions commises par les légions guerrières qui ont façonné la pauvre histoire du paysan qu'on chasse de sa terre depuis la nuit des temps. Il n'y a pas d'opposition à parler du reste.
Je me demande ce que savent nos enfants de notre passé. Autant nous avons eu le temps, nés au milieu du siècle, de voir ce que la vie devait faire pour ne plus jamais voir ça, comme ils disaient en dix-huit, la der des der, comme on a revu en quarante, autant j'imagine que l'apprentissage des connaissances est un problème ardu pour tous les enseignants. Que sait un élève Français de terminale après six ans d'Anglais ? "Quite nothing and surely not enough" . Alors que sait-il de l'Histoire Contemporaine ? Pas assez de livres dans leurs cartables trop lourds ? Les envies d'exister remplacent l'ambition d'être et on ne peut les blâmer, de vouloir être encore plus libres dans un monde en paix, assurant l'avenir de tous, garanti de tous cotés. En votant, on ne dit rien d'autre, mettant le bulletin dans la meilleure promesse.
Laisser la place à l'enterrement de première classe de tout ce qui dérange et devenir cynique est impossible. Le bonheur ne se paie pas dans cette monnaie de singe. Ce qui dérange, c'est la relativisation de nos petits problèmes. Comment revendiquer notre pouvoir d'achat quand de si grandes misères ont accablés et accablent encore l'Humanité ? Explication de l'écran de fumée, peut-être mais au moins faire un effort de mémoire envers toutes nos erreurs passées pour en tirer des leçons sans mortifier dans la repentance nos consciences tranquilles reste au programme.
Et puis encore le Juif. Toujours lui. J'ai entendu Jacques Attali dire que pour les Juifs, le scandale ce n'est pas la richesse, c'est la pauvreté. C'est pas faux. Prétendre que le scandale , pour le Chrétien , c'est la richesse, c'est un peu parler à sa place. Voyez comme on peut se disputer pour si peu. Alors soulever les arrières pensées pro-sionistes du Président n'est plus qu'à une station de métro. Serait-ce le fond du problème ?
Une fois de plus, j'essaye de cacher ma gêne. Gêne de voir que l'Age d'Or d'une Humanité qui se respecte et admet ses différences est comme le Graal que n'ont jamais trouvé les Chevaliers de la Table Ronde. Si vis pacem, para bellum reste de mise. La vertu de la laïcité est d'offrir une solution acceptable à tous ceux qui ne veulent pas faire la guerre. C'est prouvé, c'est un remède sûr. L'enfant aspire à cela. Il le demande à ses parents. Il veut aussi qu'on lui dise l'Histoire sans la déformer. Malheureusement, depuis Marathon, beau massacre en vérité, ce n'est pas très beau à raconter. C'est sans doute encore plus difficile de le résumer.
Alors, qu'un Moïse Israël soit un fil rouge dans la mémoire d'un Kevin Durand et devienne un élément de propagande ne parait pas un bien grand risque. Ça va être un peut plus compliqué pour un enfant musulman dans un contexte familial pro-palestinien. Monsieur le Président, vous y avez pensé avant de faire un bel effet au diner annuel du Crif ?
lundi 3 mars 2008
littérature marchande

François de Closets nous publie un nouveau livre. De nouveau sur les antennes, j'ai eu l'occasion de l'entendre hier matin sur ma radio habituelle. Il a trouvé le créneau du moment : "Le divorce entre les élites et le peuple". Le voilà dans les pas de Besancenot ? Closets est depuis des années ce personnage sympathique (forcément) qui nous explique le progrès, avec un grand sourire. Je crois qu'il n'est plus trop à la TV ces derniers temps. Fallait bien qu'il vive et ponde un énième bouquin. Ce n'est pas la première fois qu'il nous fait le coup de la leçon.
Première attaque, l'euthanasie. Qu'en pense-t-il dans le fond, on n'en saura rien mais il est certain pour lui que le Parlement a été manipulé et que la loi attendue après la mort du pauvre Humbert a été saboté par des "petits lobbies" qui ont réussi à faire un blocage idéologique alors que l'opinion des Français, "on le voit dans tous les sondages" approuvent l'évolution de la Loi. Il y a donc un bloc religieux et une mission parlementaire complètement noyautée.
On sent de l'amertume chez cet homme qui dans "toute sa carrière" a observé l'insidiosité. Autre exemple, les élites et le nucléaire, les bombes atomiques en trop grand nombre (on en a suffisamment, pourquoi les changer ?) , les OGM, pour lesquels il n'a pas une opinion tranchée, attendant courageusement qu'on puisse avoir des certitudes sur le sujet . En attendant il est contre les opposants idéologues. Dont acte. Il doit avoir acheté des actions Monsanto ? "Vous-rendez-vous compte", sa formule à tout dire, pour enchainer sur les accidents de la route, ce scandale où il a fallu attendre des années avant de limiter la vitesse.
La peine de mort : pas de trouble pour la différence d'opinion entre le peuple et l'élite. En 1981, l'opinion était contre. Mitterand fait passer la loi d'abolition sur la base de son programme électoral. Notre Closets applaudit des deux mains. Là, voyez-vous, l'élite prend ses responsabilités. C'est bien. Sauf que c'est le meilleur exemple de papa qui fait sa leçon et l'enfant n'a pas le droit de parler. Mais pour Closets, c'est du beurre de démocratie quand l'élite persuade le peuple d'accepter quelque chose pour son bien.
L'émissionradiophonique se termine sur le dernier et incontournable problème de la vie à la française : "les crottes de chien": il évoque ici la force du statu quo. Si l'élite avait le courage politique de dénoncer cete situation dans les grandes villes, la France rejoindrait le standing de Londres, New-York, Berlin. En attendant, si les gens n'aiment pas suffisamment leurs chiens pour assurer leur propreté, ils n'ont qu'à s'acheter des chiens électroniques (sic).
Vous l'avez compris je vous recommande de ne pas acheter ce livre, de ne l'offrir à personne et si on vous l'offre, vous savez qu'il existe des bornes de recyclage papier, ce qui permettra aux Chinois de se torcher le cul avec.
Inscription à :
Commentaires (Atom)
