Donc, cela ne peut être qu'un écran de fumée, une sarkozylade de plus pour détourner l'attention de la mauvaise situation politique et en particulier de la baisse dans les sondages. Pensez ! Confier à un enfant de CM2 la mémoire des enfants de la Shoah. Traumatisme assuré. Ne pas leur faire savoir, envelopper d'un voile pudique l'horrible vérité pour éviter les troubles psychologiques qu'on peut a priori redouter. Imaginez un enfant qui s'identifierait totalement jusqu'à se reprocher sa vie heureuse.
Ça ressemble un peu à un épouvantail, cette histoire, aussi horrible que celle du loup-garou. Pratiquement, comment seront attribués les noms des enfants juifs ? Y'en aura-t-il pour tous les enfants ? Ordre alphabétique ? Répartition aléatoire assistée par ordinateur ? Pourquoi Lui pour Moi ? Tout ça peut se résoudre et il est sans doute possible d'expliquer, dans la perspective de l'histoire de la seconde guerre mondiale, ce qui a pu se dérouler à cause de la montée de l'hitlérisme. En dehors de quelques nostalgiques du troisième reich, c'est un point commun à tout esprit moderne que de refuser d'oublier le massacre des innocents. L'argument des autres génocides est considérable. Cela contribue à affaiblir le sens de cette idée sauf cela s'intègre à l'enseignement des autres exactions commises par les légions guerrières qui ont façonné la pauvre histoire du paysan qu'on chasse de sa terre depuis la nuit des temps. Il n'y a pas d'opposition à parler du reste.
Je me demande ce que savent nos enfants de notre passé. Autant nous avons eu le temps, nés au milieu du siècle, de voir ce que la vie devait faire pour ne plus jamais voir ça, comme ils disaient en dix-huit, la der des der, comme on a revu en quarante, autant j'imagine que l'apprentissage des connaissances est un problème ardu pour tous les enseignants. Que sait un élève Français de terminale après six ans d'Anglais ? "Quite nothing and surely not enough" . Alors que sait-il de l'Histoire Contemporaine ? Pas assez de livres dans leurs cartables trop lourds ? Les envies d'exister remplacent l'ambition d'être et on ne peut les blâmer, de vouloir être encore plus libres dans un monde en paix, assurant l'avenir de tous, garanti de tous cotés. En votant, on ne dit rien d'autre, mettant le bulletin dans la meilleure promesse.
Laisser la place à l'enterrement de première classe de tout ce qui dérange et devenir cynique est impossible. Le bonheur ne se paie pas dans cette monnaie de singe. Ce qui dérange, c'est la relativisation de nos petits problèmes. Comment revendiquer notre pouvoir d'achat quand de si grandes misères ont accablés et accablent encore l'Humanité ? Explication de l'écran de fumée, peut-être mais au moins faire un effort de mémoire envers toutes nos erreurs passées pour en tirer des leçons sans mortifier dans la repentance nos consciences tranquilles reste au programme.
Et puis encore le Juif. Toujours lui. J'ai entendu Jacques Attali dire que pour les Juifs, le scandale ce n'est pas la richesse, c'est la pauvreté. C'est pas faux. Prétendre que le scandale , pour le Chrétien , c'est la richesse, c'est un peu parler à sa place. Voyez comme on peut se disputer pour si peu. Alors soulever les arrières pensées pro-sionistes du Président n'est plus qu'à une station de métro. Serait-ce le fond du problème ?
Une fois de plus, j'essaye de cacher ma gêne. Gêne de voir que l'Age d'Or d'une Humanité qui se respecte et admet ses différences est comme le Graal que n'ont jamais trouvé les Chevaliers de la Table Ronde. Si vis pacem, para bellum reste de mise. La vertu de la laïcité est d'offrir une solution acceptable à tous ceux qui ne veulent pas faire la guerre. C'est prouvé, c'est un remède sûr. L'enfant aspire à cela. Il le demande à ses parents. Il veut aussi qu'on lui dise l'Histoire sans la déformer. Malheureusement, depuis Marathon, beau massacre en vérité, ce n'est pas très beau à raconter. C'est sans doute encore plus difficile de le résumer.
Alors, qu'un Moïse Israël soit un fil rouge dans la mémoire d'un Kevin Durand et devienne un élément de propagande ne parait pas un bien grand risque. Ça va être un peut plus compliqué pour un enfant musulman dans un contexte familial pro-palestinien. Monsieur le Président, vous y avez pensé avant de faire un bel effet au diner annuel du Crif ?
